Dans un contexte où les opérations militaires dominent le discours officiel sur l’Est de la République Démocratique du Congo, un plaidoyer venu de la société civile vient remettre en cause les fondements mêmes de la stratégie nationale. L’Association Sentinelles de la Bonne Gouvernance pour le Progrès Social (SBG ASBL) a, lors d’un forum tenu à Kinshasa ce lundi 16 février, lancé un avertissement solennel au gouvernement : la paix ne se construit pas à coups de canon seul. L’organisation a invité les autorités à intégrer de toute urgence le front social dans l’architecture de la stratégie nationale de lutte contre la crise dans l’Est, qualifiant cette intégration de « tournant important » pour la stabilité du pays. Ce forum, présenté comme une alerte civique, interroge en filigrane l’efficacité d’une approche sécuritaire qui ferait l’impasse sur les racines socio-économiques des conflits.
Le diagnostic posé par la SBG ASBL est sans appel. L’organisation redoute, avec une clairvoyance teintée d’inquiétude, que la négligence persistante du front social ne finisse par saper la cohésion nationale et anéantir les sacrifices consentis sur le terrain militaire. « La paix ne se gagne pas uniquement par les armes. Elle se construit par la justice sociale, la bonne gouvernance et la dignité humaine », a martelé le coordonnateur national de la SBG, Dieuleveut Kisota. Une déclaration qui sonne comme un rappel à l’ordre pour un pouvoir souvent accusé de privilégier le spectaculaire des avancées tactiques au détriment du laborieux travail de reconstruction du tissu social. La stratégie nationale lutte crise Est peut-elle dès lors se permettre d’ignorer cet impératif ?
Pour transformer cet avertissement en feuille de route actionable, la SBG a formulé des recommandations précises, dessinant les contours d’un nouveau contrat entre l’État et les citoyens. L’association appelle à l’établissement d’un véritable contrat social, à l’allocation de moyens financiers conséquents au secteur social, et à une gestion rigoureuse et transparente des ressources publiques. Elle insiste également sur un soutien durable aux initiatives portées par la jeunesse et les femmes, couches sociales les plus exposées aux conséquences de l’instabilité. Ces propositions touchent au cœur même de la gouvernance RDC, questionnant la capacité de l’appareil d’État à traduire en actes concrets les principes de redevabilité et d’inclusion.
Par un symbole fort, le forum a également servi de cadre pour rendre un hommage appuyé à Alice Mirimo Kabetsi, Administratrice Directrice Générale du Fonds national de promotion et de service social (FNPSS). La SBG ASBL a salué son engagement « en faveur des personnes vulnérables ainsi que sa gestion orientée vers la justice sociale RDC et le progrès social sans discrimination ». Cette distinction, loin d’être anodine, sert de modèle et de point de référence. Elle montre qu’une gouvernance vertueuse et axée sur le social est possible au sein des institutions publiques congolaises. Ce geste place la barre très haut et invite, par contraste, à une réflexion sur les écarts pouvant exister ailleurs dans l’administration.
L’analyse de la SBG ASBL identifie trois piliers fondamentaux pour une stabilité durable : la sécurité, la bonne gouvernance et le progrès social. En reconnaissant les avancées en matière de protection sociale et de restauration de l’autorité de l’État, l’organisation évite un discours purement critique. Toutefois, son appel à « consolider et accélérer les actions » trahit un sentiment d’urgence. Le coordonnateur Kisota a enfoncé le clavier : « Face aux défis sécuritaires persistants dans l’Est, à la pauvreté, au chômage et à la pression sociale, […] aucune nation ne peut durablement se maintenir par la force seule. » Une nation peut-elle réellement prétendre à la paix si ses citoyens ne perçoivent pas les dividendes de la stabilité retrouvée sous la forme d’une justice sociale tangible ?
En définitive, le forum de la SBG ASBL dépasse le simple cadre d’une activité de plaidoyer. Il inscrit un jalon dans le débat public sur l’avenir de la RDC. En exigeant que la responsabilité citoyenne, patriotique et morale cesse d’être un slogan pour devenir une exigence nationale, l’organisation pose une question politique fondamentale. La stratégie nationale actuelle, si elle reste focalisée sur l’unique dimension sécuritaire, ne risque-t-elle pas de préparer le terrain à de futures déceptions, voire à de nouveaux cycles de violence ? La balle est désormais dans le camp des décideurs. Accepteront-ils de rééquilibrer leurs priorités, ou persisteront-ils dans une vision étriquée de la paix, où le silence des armes primerait sur le bien-être des populations ? L’intégration du progrès social n’est pas une option compassionnelle, conclut la SBG, mais la condition sine qua non d’une victoire qui ne soit pas un leurre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
