Le grondement sourd a précédé de quelques secondes la disparition d’un axe vital. À Buganga, entre Minova et Kalangu, le pont Mubimbi s’est effondré ce lundi 9 février sous la violence des pluies, scindant en deux la province du Kivu. Ce n’est pas qu’une structure de béton qui a cédé, mais le principal cordon ombilical économique entre le Nord et le Sud-Kivu. La route nationale 2 reliant Goma à Bukavu est désormais une cicatrice, une coupure brutale dans le paysage et dans la vie de milliers de Congolais.
« Tout est arrêté. Les camions de marchandises, les bus de voyageurs, tout est bloqué des deux côtés », témoigne un chauffeur routier, joint au téléphone, la frustration palpable dans sa voix. L’effondrement du pont Mubimbi a créé une frontière imprévue, isolant des communautés et strangulant les échanges. Comment les produits frais des hauteurs du Sud-Kivu vont-ils atteindre les marchés de Goma ? Comment les biens manufacturés vont-ils descendre vers Bukavu ? Cette paralysie de la circulation sur la RN2 n’est pas qu’un fait divers routier ; c’est un arrêt cardiaque pour l’économie régionale.
Face à l’urgence, la solidarité et le débrouillardise congolaise se sont immédiatement manifestés. Sans attendre les lourdes machineries de l’État, les autorités locales et les habitants se sont mobilisés. Justin Kamanda, secrétaire administratif du groupement Buzi, a annoncé une solution de fortune : « On a pris une décision d’ouvrir une route de desserte agricole comme déviation. » Cette déviation du pont Mubimbi, bien que précaire, est devenue la planche de salut pour les piétons, les écoliers et les petits porteurs. Un ouvrage de fortune permet désormais une traversée périlleuse, symbole d’une résilience à toute épreuve. Mais est-ce suffisant pour relancer la dynamique économique étouffée ?
Les conséquences de cet isolement du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont déjà tangibles. Les prix des denrées commencent à flamber dans les localités coupées du réseau. Les malades ne peuvent plus être évacués vers les centres hospitaliers mieux équipés de l’autre côté de la brèche. Cette situation met en lumière la vulnérabilité criante des infrastructures de la RDC. Un seul pont s’effondre, et c’est toute une région qui se retrouve paralysée, asphyxiée. Jusqu’où peut-on tolérer cette précarité des voies de communication, véritables artères de la nation ?
Les autorités promettent une évaluation technique pour la construction d’un nouveau pont « dans un délai raisonnable ». Mais dans l’oreille des populations, le mot « raisonnable » sonne souvent comme un écho lointain aux promesses non tenues. Le temps de l’administration sera-t-il synchronisé avec le temps urgent des commerçants qui voient leurs stocks pourrir, des familles qui ne peuvent plus se rendre aux funérailles, des étudiants qui risquent de rater leurs examens ? La reconstruction du pont Mubimbi est un test de crédibilité et d’efficacité pour les responsables.
Cet incident, heureusement sans perte humaine, doit servir de signal d’alarme. Il révèle une dépendance extrême à des infrastructures vieillissantes et mal entretenues. La déviation mise en place n’est qu’un pansement sur une fracture béante. L’enjeu dépasse la simple réparation d’un ouvrage d’art. Il s’agit de repenser la robustesse et la résilience des réseaux de transport en RDC, de sécuriser les axes vitaux pour éviter qu’un orage ne plonge à nouveau des provinces entières dans le chaos et l’isolement. La route nationale 2 doit redevenir un trait d’union, et non plus une ligne de fracture.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
