Dans la cour d’une école aux murs défoncés de Mwenga-centre, une femme tente de calmer son enfant fiévreux sous un abri de fortune fait de sacs plastique et de branchages. « Nous avons fui les combats à Lwindi avec seulement nos vêtements. Ici, pas d’eau potable, pas de nourriture suffisante, pas de médicaments », témoigne Marie*, la voix brisée par l’épuisement. Elle est l’une des milliers de déplacés internes dont la situation, dénoncée avec véhémence par la société civile locale, atteint un point critique dans le Sud-Kivu, plongeant des familles entières dans une précarité inhumaine.
Le plaidoyer urgent lancé ce vendredi 6 février par les acteurs sociaux de Mwenga tire la sonnette d’alarme sur une crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour. Les conditions de vie sont qualifiées de « désastreuses ». Comment une population peut-elle survivre sans le minimum vital ? La réponse est terrifiante : elle survit à peine. Les familles, chassées de leurs villages par les violences dans la chefferie de Lwindi, manquent de tout. Le manque d’abris décents expose enfants et adultes aux intempéries et aux maladies. La quête d’eau potable devient un parcours du combattant quotidien, tandis que la faim tenaille les estomacs.
Mais au-delà de l’urgence des besoins fondamentaux, c’est l’avenir de toute une génération qui est mis en péril. Les infrastructures scolaires et religieuses, utilisées comme refuges, sont saturées. Conséquence directe : des centaines d’enfants ne sont plus scolarisés. Leur éducation est sacrifiée sur l’autel de la survie immédiate, creusant un peu plus le fossé des inégalités et compromettant le futur développement de la région.
La société civile de Mwenga pointe du doigt une violation particulièrement grave du droit international humanitaire. L’occupation des écoles ne sert pas uniquement à héberger des civils en détresse. De manière plus inquiétante, certaines de ces enceintes censées être des lieux d’apprentissage et de paix sont transformées en quartiers généraux par des éléments militaires. Cette militarisation des écoles constitue un double affront : aux principes humanitaires les plus élémentaires qui protègent les civils et les infrastructures civiles, et au droit fondamental des enfants à l’éducation dans un environnement sécurisé. Jusqu’où peut-on bafouer les conventions pourtant établies pour préserver une once d’humanité en temps de conflit ?
L’appel lancé par les organisations citoyennes va donc bien au-delà d’une simple demande d’assistance. S’il est crucial d’ouvrir de toute urgence un couloir humanitaire vers Lwindi pour acheminer vivres, médicaments et matériel, cette aide ne sera qu’un pansement sur une jambe de bois si la sécurité n’est pas rétablie. Le cœur du problème reste l’insécurité chronique qui règne dans la zone. La société civile plaide ainsi avec force pour une cessation immédiate des hostilités. Sans paix, aucun retour volontaire et sécurisé des déplacés dans leurs villages d’origine n’est envisageable. Cette crise des déplacés internes à Mwenga est le symptôme visible d’un mal plus profond : l’instabilité persistante qui mine le Sud-Kivu.
La situation à Mwenga-centre est un miroir tendu vers la communauté nationale et internationale. Elle reflète l’échec collectif à protéger les plus vulnérables et à faire respecter le droit, même dans ses principes les plus fondamentaux. La réponse à cette urgence humanitaire doit être double : une aide d’urgence massive et coordonnée pour sauver des vies aujourd’hui, et un engagement politique ferme et renouvelé pour construire la paix durable de demain. L’avenir de milliers de familles et la crédibilité de l’engagement pour les droits humains en République Démocratique du Congo se jouent actuellement dans les rues surpeuplées de Mwenga.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
