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Beni : les leaders religieux exigent un rapprochement urgent entre FARDC et population

À Beni, dans le Nord-Kivu, un appel pressant a été lancé. Samedi 7 février, des leaders religieux de diverses confessions ont interpellé les autorités militaires. Leur demande ? Un rapprochement immédiat et concret entre l’armée et les civils. Cette initiative vise à consolider la relation civilo-militaire, perçue comme le fondement indispensable d’une paix durable dans une région meurtrie. Près d’une centaine de responsables religieux se sont réunis avec le haut commandement des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Le général Jacques Kyaligonza Nduru, chef d’état-major général adjoint en charge des opérations et renseignements, a conduit les échanges.

La séance de travail s’est tenue dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu. Le territoire de Beni reste, en effet, la cible privilégiée de l’activisme des rebelles des Forces Démocratiques Alliées (ADF). Ce groupe est responsable de certaines des pires atrocités commises en République Démocratique du Congo. Les massacres répétés ont plongé la population dans une terreur constante, sapant toute tentative de normalisation. Face à cette menace persistante, la réponse purement militaire montre ses limites. D’où l’urgence, soulignée par les dignitaires religieux, d’une approche inclusive.

Le général Kyaligonza, en mission dans la zone, a explicitement exprimé sa volonté d’impliquer toutes les couches sociales. La communauté ecclésiastique, par son ancrage et son influence, apparaît comme un partenaire clé. L’objectif affiché est de rechercher, ensemble, des solutions pérennes pour le rétablissement de la sécurité. Mais comment renforcer cette confiance entre une population traumatisée et une armée parfois perçue comme distante ? La question est au cœur des défis opérationnels dans le Grand Nord. Les leaders religieux ont pointé du doigt le service d’éducation civique et patriotique de l’armée ainsi que le commandement du secteur opérationnel Grand Nord des FARDC. Ils les ont exhortés à multiplier les contacts sur le terrain.

La relation civilo-militaire n’est pas un concept abstrait. Dans les faits, elle se traduit par une communication transparente, une protection effective des civils et une collaboration dans la remontée d’informations. Une symbiose qui fait cruellement défaut dans de nombreuses localités du Nord-Kivu. Les ADF, selon les analyses de l’Institut congolais de recherche Ebuteli, exploitent précisément cette faille. Leurs violences ont une double fonction : recruter de force et délégitimer l’autorité de l’État. Affaiblir le lien entre les FARDC et les habitants sert directement leur stratégie d’instabilité.

L’appel des confessions religiques représente donc un signal fort. Il reconnaît le rôle crucial de la population dans la lutte contre l’insécurité. Sans l’adhésion des civils, les opérations militaires risquent de tourner à vide. Les chefs religieux, souvent derniers remparts de la cohésion sociale, peuvent faciliter le dialogue. Leur plaidoyer pour une paix durable à Beni s’appuie sur une réalité amère : les armes seules ne peuvent gagner cette guerre. Il faut reconstruire le tissu social déchiré par des années de conflit.

La réponse des autorités militaires est attendue. Le général Kyaligonza a assuré de son engagement à traduire ces recommandations en actions concrètes. La route sera longue. Les méfiances sont anciennes et profondes. Pourtant, cette rencontre inhabituelle entre l’uniforme et la soutane ouvre une fenêtre d’espoir. Elle prouve que la recherche de solutions dépasse les cadres traditionnels. La sécurisation du Nord-Kivu passera nécessairement par Beni. Et la stabilisation de Beni dépendra de la qualité du partenariat entre ses habitants et ceux qui sont censés les protéger.

Les prochains jours seront déterminants. L’initiative devra se matérialiser par des patrouilles mixtes, des réunions de quartier régulières et une meilleure prise en compte des alertes communautaires. La population, exsangue, observe. Les atrocités des ADF ont laissé des séquelles indélébiles. Mais peut-être que ce rapprochement, impulsé par les voix morales de la région, marquera un tournant. La paix durable à Beni est-elle enfin à portée de main ? Tout dépendra de la capacité des FARDC et des civils à écrire une nouvelle page, ensemble, dans ce chapitre douloureux de l’histoire du Nord-Kivu.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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