La ville de Kinshasa est en état d’alerte sécuritaire. Face à une vague de criminalité qui ne faiblit pas, les autorités ont décidé de frapper fort. L’annonce a été officialisée lors du Conseil des ministres du vendredi 6 février 2026 : l’opération « Ndobo » entre dans une phase d’intensification. Objectif déclaré ? Éradiquer le fléau du banditisme urbain et des braquages qui minent la capitale congolaise.
Les résultats de cette offensive sont immédiats et chiffrés. En l’espace d’une semaine, la Police nationale congolaise (PNC) a procédé à l’interpellation de près de 404 individus, présentés comme des présumés « Kuluna ». Ce terme, devenu synonyme de terreur dans les quartiers de Kinshasa, désigne ces gangs organisés qui sèment l’insécurité, pratiquant extorsions, agressions et vols à main armée, souvent en plein jour. Cette action policière d’envergure marque une réponse concrète à l’exaspération grandissante des habitants.
Une réponse à l’ordre présidentiel
Cette intensification ne relève pas du hasard. Elle intervient dans un contexte de pression accrue de la plus haute autorité de l’État. Lors de la 46ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avait déjà haussé le ton. Face à la recrudescence inquiétante des braquages et des vols à main armée, le chef de l’État avait rappelé au gouvernement l’impératif absolu de durcir la répression. Le message était clair : rétablir l’ordre, la sécurité et, par-dessus tout, la confiance des citoyens envers les institutions. L’opération Ndobo, lancée sous l’égide des autorités, se veut donc l’outil de cette reconquête sécuritaire.
L’information a été portée à la connaissance de la nation par Yolande Elebe, ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, chargée de la lecture du compte rendu du Conseil. « Le Conseil a été informé de l’intensification de l’opération Ndobo contre le banditisme urbain et les braquages », a-t-elle rapporté, confirmant le bilan des interpellations à Kinshasa. Le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, pilote cette vaste campagne sécuritaire depuis la Cité de l’Union africaine.
Le phénomène Kuluna, un cancer social tenace
Depuis plusieurs années, le phénomène Kuluna représente l’une des principales préoccupations sécuritaires en République démocratique du Congo, avec un épicentre à Kinshasa. Ces groupes, structurés en réseaux, exploitent la densité et la complexité de la mégalopole pour mener leurs activités criminelles. Leurs méthodes sont violentes, leur impact psychologique sur les populations est profond. Malgré des opérations policières ponctuelles par le passé, ces gangs ont montré une capacité de résilience et de reconstitution, défiant l’autorité de l’État et plongeant des quartiers entiers dans un sentiment de désolation permanente. L’insécurité à Kinshasa n’est plus un simple fait divers, mais un problème structurel qui appelle une réponse tout aussi structurelle.
L’opération Ndobo, dont le nom signifie « frapper » en lingala, a été initiée pour apporter cette réponse. Elle vise à démanteler les réseaux, à interpeller les auteurs présumés et à les traduire en justice. La saisie de cette semaine, avec plus de 400 suspects appréhendés, est présentée comme une première étape significative dans ce combat. Mais une question persiste : une stratégie purement répressive suffira-t-elle à enrayer durablement le banditisme urbain en RDC ?
Répression face aux racines sociales du mal
Si l’action policière est saluée par une partie de la population lassée par les braquages dans la capitale congolaise, des voix critiques s’élèvent déjà. Analystes et acteurs de la société civile pointent du doigt les causes profondes du phénomène Kuluna. Le chômage endémique, la précarité extrême qui touche une large frange de la jeunesse kinoise, et le manque d’opportunités économiques sont souvent cités comme le terreau fertile sur lequel prospère ce banditisme. Arrêter des centaines de jeunes est une chose ; offrir des alternatives viables à toute une génération en est une autre, bien plus complexe.
L’efficacité à long terme de l’opération Ndobo sera donc jugée à l’aune de deux critères. Le premier est judiciaire : les présumés interpellés seront-ils jugés dans des procès équitables et rapides, ou risquent-ils de se retrouver libérés par la porosité du système carcéral et judiciaire ? Le second est social : cette offensive sécuritaire s’accompagnera-t-elle de politiques publiques ambitieuses en matière d’éducation, de formation et d’insertion professionnelle pour tarir le réservoir du grand banditisme urbain RDC ?
Pour l’heure, Kinshasa retient son souffle. Les forces de l’ordre sont déployées, les perquisitions se multiplient, et les quartiers habituellement frappés par la violence des Kuluna à Kinshasa observent une accalmie relative. Mais cette trêve sera-t-elle de courte durée ? L’opération Ndobo a prouvé qu’elle pouvait frapper fort et vite. Le défi est maintenant de prouver qu’elle peut aussi durer et prévenir, pour redonner aux Kinois le droit fondamental de vivre en sécurité dans leur ville. La suite des événements, dans les prochaines semaines, sera déterminante pour l’avenir sécuritaire de la capitale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
