La gestion du Fonds de réparation des victimes d’actes de violence (FRIVAO) en République démocratique du Congo est aujourd’hui entachée de graves interrogations. Alors que le nombre de bénéficiaires a connu une augmentation spectaculaire, passant de 106 à plus de 14 000 en quelques mois, des soupçons de fraudes massives et de détournements planent désormais sur le processus. Des enquêtes judiciaires ont été diligentées, mais l’opacité persiste quant à l’utilisation des fonds publics et à l’identification réelle des victimes.
Selon les chiffres officiels, 14 309 victimes ont été indemnisées au terme de huit mois de gestion par le comité intérimaire. La ville de Kisangani concentrerait à elle seule jusqu’à 16 000 dossiers, un chiffre avancé par le gouvernement et qui soulève d’emblée des questions sur les critères de sélection et de vérification. Cette accélération brutale du rythme des indemnisations, bien que présentée comme un succès sur le terrain, a rapidement alerté les plus hautes autorités de l’État.
Le Conseil des ministres a, en effet, été contraint de s’emparer ouvertement du dossier, évoquant dans ses comptes rendus l’existence présumée de « fausses victimes », de réseaux d’extorsion et de manipulations diverses. Face à cette situation, une injonction a été adressée au Procureur général près la Cour de cassation afin que des enquêtes judiciaires soient ouvertes. L’objectif déclaré est de protéger les véritables victimes des violences et de restaurer l’autorité de l’État, mise à mal par ces allégations.
Cependant, à ce stade, le déficit de transparence reste criant. Les investigations en cours, portant sur des soupçons de fraudes réparations, n’ont donné lieu à aucune conclusion publique. Aucun rapport d’audit détaillé n’a été rendu accessible à la société civile ou aux partenaires internationaux. De même, aucune liste vérifiable des bénéficiaires n’a été publiée, et l’absence d’un état financier certifié empêche tout suivi précis de l’allocation des fonds étatiques. Cette opacité nourrit un climat de défiance généralisée.
Comment, dans ces conditions, garantir que l’argent destiné à l’indemnisation des victimes en RDC ne se dilue pas dans les méandres administratifs ou ne soit pas détourné ? La question hante tant les ayants droit que les observateurs. Le FRIVAO, conçu comme un instrument de justice transitionnelle et de réconciliation, se retrouve ainsi au cœur d’une épreuve de crédibilité majeure pour les institutions congolaises.
Les enquêtes judiciaires menées à Kisangani et ailleurs sont donc cruciales. Elles doivent permettre d’établir les responsabilités et de clarifier les circuits financiers. La promesse d’une réparation historique pour des milliers de Congolais est à ce prix. Sans une transparence renforcée et des mécanismes de contrôle indépendants, le risque est grand de voir ce fonds, pourtant porteur d’un espoir légitime, se transformer en un nouveau symbole de gabegie et d’impunité.
Pour les victimes, l’attente se double désormais d’une anxiété palpable. Leur quête de justice réparatrice se heurte à des rumeurs de corruptions et à des lenteurs procédurières. Le test auquel est soumis le FRIVAO est, en réalité, un test pour l’ensemble de l’appareil étatique congolais. Sa capacité à gérer avec intégrité des ressources sensibles, sous le regard exigeant de l’opinion publique nationale et de la communauté internationale, est directement évaluée.
L’heure est donc à la clarification. La publication des audits, la communication des résultats des enquêtes judiciaires et l’établissement d’une liste transparente des bénéficiaires constitueraient des premiers pas décisifs. L’enjeu dépasse la simple gestion comptable ; il touche à la confiance des citoyens envers leurs institutions et à la crédibilité même du processus de réparation. La balle est désormais dans le camp des autorités judiciaires et du gouvernement. L’avenir du FRIVAO, et avec lui celui de milliers de victimes, en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
