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Scandale à Kisangani : la police envahit une église pour arrêter des pasteurs

Le pasteur Christophe Liande Bolema, la voix empreinte d’une colère retenue, se souvient de ce mardi noir. « Ils ont pénétré dans notre lieu de culte sans aucun respect, comme si c’était un repaire de criminels. Nos pasteurs, des hommes de Dieu, ont été traités comme des malfaiteurs. » Ce témoignage poignant résume le choc vécu par la communauté baptiste de Kisangani, dans la province de la Tshopo. Vendredi 30 janvier, des centaines de fidèles de la 13e Communauté baptiste du fleuve Congo (CBFC) ont transformé leur douleur en action, descendant pacifiquement dans les rues de la ville pour crier leur indignation. Leur cible ? L’arrestation, qu’ils qualifient d’« enlèvement », de trois de leurs pasteurs par la police nationale congolaise.

Partant de la paroisse Yaliele, la procession solennelle a traversé Kisangani. Pasteurs en robe liturgique, fidèles brandissant des calicots aux messages accusateurs : « Non à la profanation des lieux saints », « Liberté pour nos pasteurs ». Le cortège, impressionnant par sa dignité et sa détermination, a fait route vers le cabinet du gouverneur de la Tshopo. L’objectif était clair : remettre un mémorandum et exiger des explications. Car pour ces croyants, l’intrusion des forces de l’ordre dans l’enceinte sacrée de la mission du Haut-Fleuve représente une violation intolérable. « C’est une affaire purement civile, un différend foncier. Pourquoi la police nationale Kisangani intervient-elle avec une telle brutalité dans un sanctuaire ? », interroge, amère, une femme parmi les manifestants.

Le mémorandum, lu d’une voix forte par le pasteur Bolema, porte-parole de la communauté CBFC Tshopo, est sans équivoque. Il condamne fermement « la violation du lieu de culte, l’humiliation et le traitement dégradant » infligés au secrétaire régional, le révérend pasteur Emmanuel Kupennza Makelele, et à ses deux collègues. Le document dénonce avec force ce qu’il appelle « l’instrumentalisation de la police nationale dans cette affaire ». Les mots sont forts, car la blessure est profonde. Comment en est-on arrivé là ? Les sources pointent du doigt un vieux conflit foncier qui oppose la communauté religieuse à d’autres parties prenantes. Un litige sur la terre, une ressource si précieuse et si conflictuelle en République Démocratique du Congo, aurait ainsi débouché sur une intervention policière perçue comme disproportionnée et illégitime.

Face à cette colère religieuse, les autorités provinciales ont dû réagir. Le gouverneur intérimaire de la Tshopo, Didier Lomoyo Iteku, a personnellement reçu la délégation de manifestants. Après la remise du mémorandum, il s’est enfermé en huis clos avec une délégation de pasteurs pour écouter leur version des faits. De ces échanges, une promesse est sortie : examiner la question avec célérité pour apaiser les esprits. Mais la communauté baptiste, elle, ne veut pas de demi-mesures. Elle exige la libération immédiate et sans condition de ses trois responsables religieux. Pour elle, il en va de la paix sociale dans toute la ville de Kisangani. « Si nos pasteurs ne sont pas libérés, comment voulez-vous que nous prêchions la paix et la réconciliation ? », lance un jeune fidèle, le visage fermé.

Cette crise dépasse le simple fait divers. Elle pose des questions fondamentales sur le rôle des institutions dans un État de droit. Jusqu’où les forces de l’ordre peuvent-elles aller dans l’exercice de leurs fonctions ? L’intervention de la police nationale Kisangani dans un lieu de culte, pour une affaire relevant apparemment du civil, est-elle justifiée ? Ou assiste-t-on, comme le craignent les fidèles, à une privatisation de la force publique au service d’intérêts particuliers ? La manifestation baptiste RDC de ce vendredi est un cri d’alarme. Elle révèle les tensions latentes qui traversent la société congolaise, où les conflits fonciers sont souvent la poudrière de violences plus larges.

Le conflit foncier Tshopo à l’origine de cette arrestation pasteurs Kisangani n’est pas un cas isolé. Dans de nombreuses régions du pays, la terre est source de litiges interminables, alimentant parfois des violences communautaires. La manière dont les autorités traitent ces différends est cruciale. Faut-il privilégier le dialogue et les mécanismes juridiques, ou laisser la coercition prendre le dessus ? L’Église, acteur social majeur en RDC, se trouve ici en première ligne, défendant son autonomie et son intégrité face à ce qu’elle perçoit comme une ingérence abusive de l’État.

En conclusion, l’affaire de Kisangani est un test. Un test pour la capacité des autorités à garantir le respect des libertés fondamentales, dont la liberté de culte. Un test pour l’impartialité de la police nationale congolaise. Et un test pour la résilience du tissu social dans une province comme la Tshopo. La libération des pasteurs serait un premier pas vers l’apaisement. Mais au-delà, c’est toute la question de la gouvernance foncière et du rapport entre l’État et les communautés religieuses qui doit être repensée. La communauté CBFC Tshopo, par sa manifestation pacifique, a braqué les projecteurs sur ces enjeux. Il appartient maintenant aux décideurs d’y répondre avec sagesse et justice, pour éviter que la colère ne se transforme en un feu plus difficile à contrôler.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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