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Grève au ministère des Affaires étrangères RDC : une trêve fragile après des concessions partielles

Le ministère des Affaires étrangères de la République Démocratique du Congo retrouve un semblant de calme après une grève de près de deux semaines ayant paralysé ses services essentiels. Les agents diplomatiques congolais ont décidé de suspendre leur mouvement social, suite à une réaction jugée “partielle” du gouvernement. Cette décision, annoncée ce jeudi 22 janvier 2025, soulève une question fondamentale : cette trêve marque-t-elle la résolution d’un conflit social latent ou n’est-elle qu’un répit précaire dans des négociations salariales gouvernement RDC toujours aussi tendues ?

À l’origine de cette grève au ministère des Affaires étrangères RDC, un catalogue de revendications anciennes mais non satisfaites. Les syndicats, emmenés par le Banc syndical du secteur diplomatique, exigeaient l’application intégrale du barème salarial convenu depuis 2022, le paiement des arriérés de salaire pour les diplomates en poste, et une amélioration substantielle de leurs conditions de travail, incluant la prise en charge des frais de loyer, d’installation et de rapatriement. Le retrait de la paie complémentaire de l’état liquidatif du premier trimestre 2026 a servi de détonateur, provoquant une grève générale sèche à partir du 12 janvier 2026.

L’impact de ce mouvement des agents diplomatiques congolais a été immédiat et sévère. Plusieurs services, dont celui crucial de la délivrance des passeports, ont été paralysés, pénalisant directement des centaines de citoyens dans leur mobilité. Cette paralysie a mis en lumière la fragilité d’un département ministériel pourtant stratégique pour l’image et les relations extérieures du pays. Comment une diplomatie peut-elle être efficace si ses propres artisans sont en lutte pour leurs droits les plus élémentaires ?

Face à cette pression, le gouvernement a finalement engagé le dialogue. Anicet Mulenda, rapporteur du banc syndical, a confirmé une rencontre avec le ministre des Finances, en présence d’un délégué de la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner. « Une solution partielle a été trouvée, mais ça en valait la peine », a-t-il déclaré, résumant un compromis qui sent autant la satisfaction que la frustration. Le gouvernement, par cette médiation, tente d’apaiser une tension sociale devenue trop visible.

Sur le papier, les avancées sont notables. Le ministre des Finances a ordonné la réintégration de la paie complémentaire des agents diplomatiques dans l’état liquidatif de janvier, et a prévu une prise en charge progressive des 1904 agents non payés, commençant ce même mois. Des Ordres de Paiement Internes (OPI) relatifs aux frais de rapatriement de diplomates rappelés ont été signés, avec des promesses fermes pour la signature prochaine de ceux concernant les frais d’installation. Néanmoins, l’apurement total des arriérés liés aux grilles barémiques est renvoyé aux calendes grecques de l’exercice budgétaire 2026.

Cette réponse « partielle » est au cœur de l’analyse. Traduit-elle une gestion réaliste des finances publiques congolaises ou une stratégie habile de report des engagements les plus coûteux ? L’histoire récente des négociations salariales dans la fonction publique est éloquente : les syndicats avaient déjà dénoncé, dans une correspondance à la ministre Wagner, le non-respect flagrant des engagements antérieurs. Le gouvernement joue ici un double jeu périlleux : calmer l’incendie social dans l’immédiat tout en différant les solutions structurelles. Cette suspension mouvement social fonction publique est-elle donc une capitulation ou une pause tactique pour les grévistes ?

La suspension de la grève apparaît in fine comme une victoire à la Pyrrhus pour les agents. Elle offre au gouvernement un répit bienvenu, évitant une crise de plus grande ampleur, mais elle laisse inchangées les racines profondes du mécontentement. Les conditions de travail des diplomates restent précaires, ce qui, à terme, ne peut qu’affaiblir l’efficacité et le rayonnement de la diplomatie congolaise sur la scène internationale. Le pouvoir en place mise-t-il sur l’essoufflement naturel des mouvements sociaux ?

Les prochains enjeux se cristallisent désormais autour de la préparation et de l’exécution du budget 2026. La crédibilité des promesses actuelles en dépendra entièrement. Les syndicats, tout en ayant accepté cette trêve, maintiendront une vigilance de tous les instants quant à la mise en œuvre des mesures annoncées. Toute faille, tout retard pourrait être le prétexte à une reprise du conflit, dans un secteur qui a déjà démontré son pouvoir de nuisance opérationnelle. La balle est dans le camp de l’exécutif.

Cette séquence de grève et sa suspension temporaire illustrent avec acuité les tensions chroniques qui traversent la fonction publique congolaise. Elles révèlent un gouvernement contraint de naviguer entre l’impératif d’apaisement social et l’austérité budgétaire. Pour éviter de nouvelles paralysies et construire une paix sociale durable dans la diplomatie, il devra impérativement traduire ses engagements partiels d’aujourd’hui en réalisations concrètes de demain. L’alternative serait un aveu d’impuissance aux conséquences diplomatiques aussi coûteuses que les arriérés de salaire réclamés.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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