La nuit du mardi 21 janvier a une fois de plus été marquée par le sang et les flammes dans le territoire de Lubero. Une nouvelle attaque perpétrée par les combattants des Forces Démocratiques Alliées (ADF) a endeuillé le groupement Mwenye, au Nord-Kivu. Le village de Mavwe-Mavwe, dans la localité de Mandelya, a été le théâtre d’une violente incursion qui a coûté la vie à cinq civils et réduit en cendres une dizaine d’habitations. Parmi les victimes, quatre femmes ont perdu la vie dans des conditions atroces, illustrant la brutalité aveugle qui frappe les populations civiles.
L’information, confirmée par des sources locales, dépeint un tableau alarmant de l’insécurité rampante. Selon Prince Kasyano, président du conseil local de la jeunesse du groupement Mwenye, les assaillants ont opéré avec une liberté de mouvement déconcertante. Ils ont circulé en profondeur dans le territoire, s’infiltrant notamment dans le secteur de Bapere et certaines zones de la chefferie de Baswagha. Cette facilité d’action interroge sur l’efficacité des dispositifs de sécurité déployés dans la région. Outre les morts et les destructions matérielles, plusieurs civils sont portés disparus, laissant planer le spectre d’un bilan plus lourd encore.
Cette attaque ne survient pas dans un vacuum sécuritaire. Elle s’inscrit dans une série d’incursions meurtrières qui ensanglantent le Nord-Kivu. À peine une semaine plus tôt, le mardi 13 janvier, les mêmes islamistes d’Allied Democratic Forces avaient frappé un autre village de la zone. Cinq civils avaient alors été exécutés, deux autres enlevés, et plusieurs habitations incendiées. Les faits s’étaient produits à environ 17 kilomètres à l’ouest de l’agglomération de Masoya, le chef-lieu du groupement Mwenye. Comment expliquer cette recrudescence des attaques ADF dans cette partie du territoire de Lubero ? La question brûle les lèvres des habitants et des observateurs.
Le cycle de la violence semble s’être encore accéléré ces derniers jours. Peu avant l’attaque du 21 janvier, la localité de Byambwe, chef-lieu du groupement Manzia dans la chefferie de Baswagha, avait également été visée. Cette localité est située sur l’axe stratégique Butembo-Manguredjipa, une artère vitale pour la région. La multiplication des foyers d’attaque suggère une stratégie de dispersion et d’usure de la part des rebelles ADF, visant à étendre leur zone d’influence et à semer la terreur sur un périmètre plus large.
Par ailleurs, un macabre découverte est venue alourdir le bilan déjà terrible du mois de janvier. Six corps de civils, tués par les rebelles ADF le vendredi 16 janvier, ont été découverts et enterrés le lundi suivant à Pokia, dans la localité Tombolea. Ce hameau appartient au groupement Bapakombe, dans le secteur des Bapere, toujours dans le territoire de Lubero. Ces victimes, ajoutées à celles des attaques précédentes, dressent un constat implacable : l’insécurité dans le Lubero est systémique et les civils en paient le prix fort.
Les attaques ADF à Lubero ne sont malheureusement pas un phénomène nouveau. Cependant, leur fréquence et leur violence semblent connaître une inquiétante escalade. La méthode est constante : frapper de nuit, tuer sans distinction, brûler les maisons, et disparaître dans la nature. Cette tactique de guérilla asymétrique plonge les communautés dans un état de terreur permanent. Les populations, prises en étau entre différents groupes armés, vivent dans l’angoisse permanente de la prochaine attaque. Où frapperont les rebelles ADF la prochaine fois ? Combien de vies seront encore sacrifiées avant qu’une réponse sécuritaire robuste et efficace ne soit mise en place ?
La situation dans le Nord-Kivu, et particulièrement dans le territoire de Lubero, requiert une attention urgente. Les civils tués lors de ces attaques ne sont pas des dommages collatéraux, mais les cibles délibérées d’une stratégie de terreur. L’incapacité à protéger durablement ces populations mine la crédibilité de l’État et nourrit un sentiment d’abandon. Alors que les autorités promettent régulièrement des opérations de sécurisation, sur le terrain, la réalité est celle de villages vulnérables et de familles décimées.
Le bilan de ces violences est lourd. Au-delà du nombre de morts et de maisons détruites, c’est tout le tissu social et économique de la région qui se délite. Les déplacements deviennent périlleux, les champs sont abandonnés par peur des embuscades, et le développement est anéanti par l’insécurité chronique. La spirale infernale de la violence perpétue un cycle de pauvreté et de désespoir, un terreau fertile pour les recruteurs des groupes armés. Briser ce cycle exige plus que des opérations militaires ponctuelles ; cela nécessite une approche globale, intégrant sécurité, gouvernance et développement.
En attendant, les communautés du groupement Mwenye et des zones avoisinantes enterrent leurs morts et pansent leurs blessures dans la peur. La nouvelle attaque des rebelles ADF à Mwenye sonne comme un rappel tragique de la persistance de cette menace. Les mots de condoléances et les promesses ne suffisent plus. Les civils de Lubero, du Nord-Kivu et de toute la RDC méritent de vivre en paix, à l’abri de la terreur des groupes armés. L’heure est à l’action décisive et à la protection tangible des vies humaines. Le temps des discours est révolu ; place maintenant aux actes pour mettre fin à cette hémorragie sécuritaire.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
