La scène est symbolique : ce samedi 17 janvier 2026, sur la place Mandela à la Gombe, le gouverneur Daniel Bumba Lubaki écrase de ses mains une bouteille en plastique avant de la jeter dans une cage métallique. Un geste simple, mais lourd de sens pour Kinshasa, mégalopole étouffant sous le poids de ses déchets. Avec le lancement officiel de l’opération « Kinshasa zéro bouteille plastique », les autorités provinciales déclarent ouvertement la guerre à l’un des fléaux environnementaux les plus visibles de la capitale : l’invasion des bouteilles plastiques à usage unique.
Imaginez une ville où les artères principales sont obstruées, où les caniveaux se transforment en dépotoirs flottants à chaque averse, où le paysage urbain est constellé de ces résidus pétrochimiques aux couleurs vives. C’est le quotidien de Kinshasa, confrontée à une pollution plastique galopante qui dégrade le cadre de vie et menace la santé publique. L’opération salubrité Kinshasa pilotée par Daniel Bumba Lubaki n’est donc pas un simple coup d’éclat médiatique, mais une tentative de respiration pour une cité en détresse écologique.
Le choix de la commune de la Gombe comme laboratoire est stratégique. Vitrine institutionnelle et administrative, elle doit servir d’exemple avant un déploiement à plus grande échelle. Mais peut-on vraiment espérer un changement durable quand le problème semble si colossal ? Les chiffres, bien que parcellaires en RDC, font froid dans le dos : des milliers de tonnes de plastique générées chaque année, une gestion des déchets défaillante, et un recyclage quasi inexistant. Le recyclage déchets RDC représente pourtant un axe de développement économique majeur, encore largement inexploité.
L’approche pragmatique du gouvernorat passe par un partenariat clé avec la société Ok Plast/Kintoko, spécialiste de la collecte et de la valorisation. Une dizaine de cages ont déjà été installées à des points névralgiques : Gare centrale, croisement Batetela, rond-point Socimat. Ces pièges à bouteilles sont les premiers soldats d’une armée qui devra grandir. L’objectif avoué est d’inscrire Kinshasa dans une logique d’économie circulaire. Les déchets ne doivent plus être une fatalité, mais une ressource. Une bouteille collectée, c’est un peu moins de pollution, et potentiellement une matière première pour une nouvelle industrie locale.
Le geste du gouverneur, largement médiatisé, lance un défi de taille aux Kinois. La réussite de Kinshasa zéro bouteille plastique repose intégralement sur une prise de conscience collective. Sans l’adhésion de chaque citoyen, les plus belles infrastructures de collecte resteront vides, et les ambitions, lettre morte. Comment convaincre une population souvent préoccupée par des urgences quotidiennes plus immédiates ? L’éducation et la sensibilisation doivent accompagner chaque cage installée. Il faut expliquer que jeter sa bouteille dans un réceptacle dédié, c’est participer à assainir son quartier, à réduire les risques d’inondation, et à préserver l’environnement pour les générations futures.
L’engagement de Daniel Bumba Lubaki environnement marque un tournant. En plaçant l’assainissement urbain au cœur de son action, il reconnaît l’urgence écologique. Mais le chemin est semé d’embûches. La persistance des habitudes, l’absence d’alternatives abordables aux bouteilles plastiques, et la nécessité d’un modèle économique viable pour le recyclage sont autant de défis à relever. Cette initiative doit être le premier chapitre d’une politique environnementale plus globale, intégrant la réduction à la source, l’innovation dans les matériaux et des campagnes de communication choc.
Kinshasa peut-elle véritablement devenir une ville zéro bouteille plastique ? Le pari est audacieux, mais l’inaction n’est plus une option. Les images de caniveaux bouchés et de rues transformées en décharges à ciel ouvert ont assez circulé. L’opération lancée à la Gombe est une étincelle. À présent, il faut qu’elle embrase toute la capitale. La responsabilité est partagée : entre les autorités qui doivent pérenniser et étendre le dispositif, les entreprises partenaires qui doivent garantir une filière de recyclage efficace, et surtout, les millions d’habitants qui, par un simple geste, peuvent faire basculer l’équilibre. L’avenir de Kinshasa se joue aussi dans le crissement d’une bouteille plastique qu’on écrase pour la jeter au bon endroit.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: mediacongo.net
