Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’apprête à prendre part à un rendez-vous diplomatique et économique de premier plan. Il figurera parmi les invités d’honneur de la 56e édition du Forum économique mondial, prévue du 19 au 23 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette conférence internationale, placée sous le thème « Un esprit de dialogue », constitue une tribune unique pour la diplomatie congolaise. Elle offre une occasion stratégique de repositionner la RDC sur l’échiquier mondial, au moment où le pays cherche à concilier immenses potentialités et défis sécuritaires persistants.
Le Forum économique mondial 2026 réunira une assemblée exceptionnelle de plus de cinquante chefs d’État et de gouvernement. Dans ce cadre, Félix Tshisekedi portera un message fort : celui de présenter la RDC comme un « pays-solutions ». Cette approche novatrice s’articule autour de trois piliers fondamentaux. D’abord, la solution climatique, incarnée par le puissant bassin forestier du Congo et ses vastes tourbières, véritables poumons de la planète et remparts contre le réchauffement. Ensuite, la solution énergétique, grâce aux minerais critiques essentiels à la transition verte et au potentiel hydroélectrique colossal du fleuve Congo. Enfin, la solution humaine, portée par une jeunesse dynamique représentant près de 70% de la population, une main-d’œuvre à même de nourrir les industries futures, de l’intelligence artificielle aux technologies innovantes.
Cette participation à la prestigieuse conférence internationale en Suisse ne se limite cependant pas à un simple exercice de promotion. Elle intervient dans un contexte géopolitique complexe. Comment la RDC peut-elle attirer les investissements tout en garantissant sa stabilité ? La nation fait en effet face, dans ses provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à une agression armée soutenue par le Rwanda, à travers la rébellion du M23. Cette réalité sécuritaire ombrage le tableau idyllique des opportunités économiques. Félix Tshisekedi à Davos devra donc naviguer entre la dénonciation de cette menace pour la souveraineté nationale et la présentation d’un pays ouvert aux partenariats mutuellement bénéfiques. L’objectif est clair : proposer des alliances gagnant-gagnant, dans le respect des intérêts stratégiques congolais, et contribuer à l’instauration d’une paix durable et vérifiable dans la région des Grands Lacs.
Le Forum économique mondial, depuis sa création en 1971, se veut justement une plateforme pour adresser de telles complexités. Organisation indépendante à but non lucratif, elle sert de carrefour entre la géopolitique et la coopération public-privé. Le programme de l’édition 2026 s’articulera autour de cinq grands défis mondiaux, où le dialogue inclusif est présenté comme la seule voie viable. Pour la RDC, cette philosophie correspond à une nécessité : comment transformer ses richesses naturelles et humaines en leviers de croissance et de résilience pour sa population ? La présence du président congolais à Davos vise à susciter ce dialogue avec les décideurs globaux, des chefs d’entreprise aux responsables de la société civile.
La diplomatie congolaise semble ainsi opérer un virage stratégique, passant d’une posture souvent défensive à une approche proactive axée sur les solutions. En se présentant comme un partenaire indispensable pour la transition énergétique mondiale et la lutte contre le changement climatique, la RDC espère remodeler la perception qu’ont d’elle les investisseurs internationaux. Cette initiative peut-elle ouvrir la voie à des partenariats structurants dans les secteurs minier, énergétique et technologique ? Les discussions en marge du Forum seront cruciales pour tester l’appétit des grands capitaux face aux risques perçus et aux opportunités réelles.
Au-delà des annonces, l’enjeu pour Félix Tshisekedi sera de crédibiliser ce discours de « pays-solutions » par des actions concrètes et une gouvernance renforcée. La communauté internationale observe. Le succès de cette démarche à Davos 2026 ne se mesurera pas seulement en termes de signatures de protocoles d’accord, mais aussi dans la capacité à traduire ces engagements en progrès tangibles pour les Congolais : création d’emplois, amélioration des infrastructures et consolidation de la paix. La route est longue, mais le Forum économique mondial offre une tribune sans équivalent pour initier ce chantier et connecter la RDC aux réseaux d’influence et de décision globaux.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
