Un silence lourd pèse désormais sur les collines de Balingina, localité reculée du territoire d’Irumu, en Ituri. Huit civils, enlevés il y a une semaine, ont été exécutés sommairement par leurs ravisseurs, présumés miliciens du groupe Tchini ya Tuna. Cette information macabre, rapportée ce samedi par la société civile d’Irumu, jette une lumière crue sur la persistance de la violence extrême dans cette partie de la République démocratique du Congo.
Les victimes, majoritairement des agriculteurs, avaient été arrachées à leur quotidien dans la localité de Balingina, située à plus de soixante kilomètres au nord de Bunia. Parmi elles, trois femmes ont trouvé la mort. Leurs corps ont été découverts dans des circonstances atroces, confirmant les pires craintes de leurs proches et de la communauté. Comment une telle barbarie peut-elle encore se produire en plein cœur de l’Ituri ? La société civile locale, alertée par la population vendredi, n’a pas tardé à réagir, pointant directement du doigt les miliciens de Tchini ya Tuna, actifs dans la chefferie de Walese Vonkutu.
Dans un rapport de monitoring sans équivoque, les activistes des droits de l’homme de la région qualifient cet acte de crime contre l’humanité. Leur condamnation est vive et sans appel. « Il s’agit d’une exécution sommaire d’une brutalité inouïe, ciblant délibérément des civils sans défense appartenant à une même communauté », peut-on lire dans leur communiqué. Leur coordonnateur, Augustin Kasereka, a été catégorique lors de sa déclaration. Ils exigent l’ouverture d’enquêtes minutieuses et immédiates pour identifier formellement les auteurs de ce carnage et les traduire devant la justice.
L’appel est lancé à la justice militaire : dépêcher sans délai une équipe d’enquêteurs sur les lieux du drame, à Balingina, pour établir les responsabilités et recueillir les preuves. La demande est claire. Mais dans une zone aussi difficile d’accès et sous influence de groupes armés, la réponse des autorités sera-t-elle à la hauteur de l’horreur ? La population, elle, vit dans la terreur. Des notables locaux de Vonkutu plaident, quant à eux, pour un déploiement urgent et significatif des forces de sécurité régulières. Leur objectif est simple : assurer la protection des civils et empêcher de nouveaux enlèvements ou exécutions sommaires.
Le groupe Tchini ya Tuna incarne le paradoxe de la sécurité en Ituri. Cette milice figure pourtant parmi les cinq groupes armés signataires de l’acte d’engagement d’Aru 2 pour la cessation des hostilités. Cet accord, censé ramener la paix, semble aujourd’hui bien fragile face à la réalité sur le terrain. La récurrence de tels actes de violence pose une question fondamentale sur l’efficacité des processus de paix et le contrôle réel des signataires sur leurs éléments. L’exécution sommaire en RDC, particulièrement dans l’Est du pays, reste une triste routine qui mine tout espoir de stabilité.
Le bilan est lourd. Huit vies anéanties. Des familles détruites. Une communauté entière traumatisée. Ce drame de Balingina n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une longue liste de violences attribuées aux différents groupes armés qui écument l’Ituri. La société civile Irumu, en première ligne pour documenter ces atrocités, sonne l’alarme une fois de plus. Ses membres, souvent menacés, continuent leur travail de monitoring avec un courage remarquable. Leur voix est essentielle pour que ces crimes ne tombent pas dans l’oubli.
La balle est maintenant dans le camp des autorités congolaises et de la justice. L’ouverture d’une enquête crédible et transparente est le minimum attendu. La traque des miliciens Ituri responsables doit devenir une priorité. La communauté internationale, souvent témoin silencieux de ces cycles de violence, ne peut rester indifférente face à ce qui est clairement qualifié de crime contre l’humanité. L’impunité, gangrène de l’Est de la RDC, ne doit pas une fois de plus l’emporter. Le chemin vers la paix et la justice pour les victimes de Balingina sera long, mais il doit commencer aujourd’hui par des actes forts et concrets.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
