La saison agricole s’achève sur un constat amer pour les agriculteurs de Kahunga, localité du territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Un tableau sombre se dessine, où les intempéries Kahunga ont joué les principaux perturbateurs, transformant les espoirs de récolte en lourdes désillusions. Les chiffres, bien qu’encore en cours de consolidation par les organisations paysannes, parlent d’eux-mêmes : des rendements en chute libre, plongeant de nombreux ménages dans l’incertitude économique.
Le phénomène climatique de septembre 2025, marqué par des précipitations diluviennes et des chutes de grêle inattendues, a littéralement mis à genoux la production maïs Nord-Kivu, culture reine de la zone aux côtés du haricot. Les témoignages recueillis sur le terrain convergent vers un même récit : des parcelles dévastées, des plants ravagés par les eaux et la glace. Comment, dans ces conditions, les agriculteurs Nord-Kivu peuvent-ils envisager la prochaine saison sans un soutien tangible ? La question plane sur toute la région de Kahunga et ses environs, comme Kalindi, touchés avec une sévérité comparable.
L’analyse économique de cette crise révèle un paradoxe troublant. La baisse généralisée de la production, au lieu de provoquer une raréfaction et une hausse des prix classiques, a engendré une surabondance relative sur les marchés locaux. En cause ? Une récolte insuffisante mais simultanée chez une majorité de producteurs, créant un afflux concentré d’offre de mauvaise qualité ou en faible volume. Conséquence directe : l’effondrement des prix. Une mesurette de haricots se négocie désormais autour de 1 000 Francs congolais, un tarif qui ne couvre souvent même pas les coûts de production. Cette dynamique perverse anéantit la rentabilité du labeur paysan et sape les fondements de l’économie locale, pourtant largement tributaire de l’agriculture de subsistance et de vente.
Les pertes agricoles Rutshuru ne se mesurent donc pas uniquement en sacs de semences détruites. Elles se calculent aussi en pouvoir d’achat évaporé, en capitaux de campagne anéantis, et en vulnérabilité accrue pour des communautés entières. Le risque d’un endettement massif des petits producteurs face à cette saison blanche (ou presque) est réel. Sans trésorerie pour acheter de nouvelles semences ou faire face aux besoins familiaux, la prochaine saison culturale est déjà compromise pour beaucoup. Ce cercle vicieux menace la résilience économique de la zone.
Face à cette urgence, l’appel lancé par les paysans aux autorités locales et provinciales n’est pas qu’une simple requête d’aide ponctuelle. C’est un cri d’alarme pour la sécurité alimentaire Nord-Kivu. Ils demandent la mise en place de mécanismes de stabilisation des prix, peut-être via des fonds de soutien ou des initiatives d’achat garantis, pour éviter que leur travail ne soit totalement dévalorisé. Un accompagnement technique et financier pour faire face aux aléas climatiques, de plus en plus fréquents, est également plébiscité. Sans une intervention ciblée, c’est tout le modèle agricole de cette partie du territoire qui risque de vaciller, avec des répercussions en cascade sur l’approvisionnement des centres urbains comme Goma à plus long terme.
L’épisode de Kahunga pose une question fondamentale : comment bâtir une agriculture résiliente dans une région où le climat semble devenir un adversaire imprévisible ? La réponse passe nécessairement par une politique agricole proactive, intégrant la gestion des risques climatiques, la diversification des cultures et des systèmes d’irrigation adaptés. Les agriculteurs Nord-Kivu ont fait preuve de résilience face à de multiples défis. Aujourd’hui, ils ont besoin d’outils et de filets de sécurité pour que les intempéries Kahunga de demain ne se transforment pas systématiquement en catastrophe socio-économique. L’enjeu dépasse la seule localité ; il concerne la stabilité et la souveraineté alimentaire de toute une province.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
