La diplomatie africaine s’active intensément pour tenter de juguler la crise sécuritaire qui déchire l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Lomé, la capitale togolaise, s’apprête à devenir l’épicentre de ces efforts ce samedi 17 janvier 2026, en accueillant une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation des processus de paix. Cette initiative, pilotée par le médiateur désigné de l’Union africaine, Faure Essozimna Gnassingbé, vise à relancer un dialogue au point mort face à la recrudescence des combats entre l’armée congolaise et la rébellion de l’AFC/M23.
Le contexte est des plus tendus. La crise à l’est de la RDC, marquée par un conflit AFC/M23 qui dure depuis des années, connaît une escalade préoccupante. Les rapports des Nations unies pointent régulièrement le soutien rwandais aux rebelles, une accusation que Kigali rejette, alimentant ainsi une crise régionale aux ramifications complexes. Dans ce paysage géopolitique volatile, la réunion paix Lomé représente une tentative cruciale pour éviter un nouvel enlisement. L’objectif affiché est de renforcer la confiance entre les parties et de garantir la mise en œuvre des engagements déjà pris, mais rarement tenus.
En prélude à ce sommet, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a été reçu jeudi à Lomé par Faure Gnassingbé. Cette rencontre préparatoire s’est voulue symbolique, démontrant l’engagement de l’organisation panafricaine. Youssouf n’était pas seul ; il était accompagné d’un impressionnant panel de facilitateurs, comprenant d’anciens présidents africains de renom comme Olusegun Obasanjo (Nigeria), Uhuru Kenyatta (Kenya) et Catherine Samba-Panza (République centrafricaine). Ce groupe, issu de la fusion des processus de paix de la SADC et de la Communauté d’Afrique de l’Est, incarne la tentative de l’UA d’harmoniser les différentes médiations régionales souvent disparates.
Cette Union africaine médiation survient après une série d’initiatives internationales. En octobre 2025, Paris avait accueilli une conférence de donateurs qui avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros pour les populations vulnérables de la région. Toutefois, l’argent, aussi nécessaire soit-il, ne suffit pas à éteindre les hostilités. La diplomatie des Grands Lacs nécessite une approche coordonnée et persistante. La désignation de Faure Gnassingbé pour succéder à l’Angolais João Lourenço comme médiateur principal témoigne d’une volonté de continuité, mais aussi d’une nouvelle impulsion. Son mandat le charge de travailler en étroite coordination avec les mécanismes de Luanda et de Nairobi, évitant ainsi les écueils du passé où les initiatives se chevauchaient et se neutralisaient.
Mais quelles sont les chances de succès de cette nouvelle mobilisation ? Les observateurs restent prudents. Le conflit AFC/M23 est profondément enraciné dans des griefs historiques, des compétitions pour le contrôle des ressources naturelles et des rivalités géostratégiques entre voisins. La simple tenue d’une réunion, aussi bien intentionnée soit-elle, peut-elle inverser la dynamique sur le terrain où les armes parlent encore plus fort que les diplomates ? La présence d’un panel d’anciens chefs d’État est un atout indéniable, leur expérience et leur stature pouvant exercer une pression morale sur les belligérants. Cependant, la clé du succès résidera dans leur capacité à obtenir des concessions concrètes, notamment en matière de cessez-le-feu et de retrait des troupes.
La communauté internationale observe donc avec attention cette séquence diplomatique. Les États-Unis, le Qatar et les puissances européennes, actifs en coulisses, attendent des signes tangibles de progrès. La crédibilité même de l’Union africaine dans la gestion des crises sur son propre sol est en jeu. Une réussite à Lomé redonnerait de l’élan à l’architecture de paix et de sécurité continentale. À l’inverse, un échec ou un statu quo confirmerait l’incapacité des acteurs régionaux et internationaux à maîtriser une crise qui, au-delà des souffrances humaines qu’elle engendre, déstabilise l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Alors que les délégations convergent vers Lomé, les attentes sont immenses mais tempérées par le réalisme. La crise à l’est de la RDC exige plus que des déclarations d’intention. Elle nécessite une volonté politique ferme de toutes les parties, y compris des pays voisins, pour emprunter la voie étroite de la négociation. Les prochains jours diront si la capitale togolaise aura écrit un nouveau chapitre, plus optimiste, dans l’histoire tourmentée de la diplomatie dans cette région du monde.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
