Une onde de stupeur parcourt ce mercredi 14 janvier le paysage médiatique congolais, comme une note grave dans la symphonie kaléidoscopique des ondes. La Radio Télévision Nationale Congolaise, pilier du service public audiovisuel, vient de perdre l’une de ses voix les plus constantes, l’une de ses consciences les plus vigilantes. Pepitho Ngudie Kulondi, ce producteur et réalisateur au talent pluriel, a tiré sa révérence après un long et silencieux combat contre la maladie, laissant derrière lui un vide que ni les lumières des studios ni le brouhaha des rédactions ne sauront combler. Comment une institution peut-elle se remettre de la disparition d’un homme qui fut, à bien des égards, l’un de ses piliers éditoriaux et moraux ?
Le décès RTNC de cette figure médiatique RDC marque plus qu’un simple changement d’aiguillage dans la programmation ; il symbolise la fin d’une époque où le fond primait sur la forme, où le message portait en lui une exigence éducative. Ngudie René Gabriel Pepitho Kulondi Malu A Bantu, de son nom complet, était bien plus qu’un technicien de l’image et du son. Né un 27 décembre 1965 dans l’effervescence kinoise, il a tissé sa vie entre les exigences de la famille – père de six enfants, mari exemplaire – et les impératifs d’une carrière dédiée à l’élévation des esprits. Sa formation à l’Institut National des Arts, couronnée par une licence en Administration et gestion des entreprises culturelles, avait forgé en lui une vision où l’art et la communication devaient servir une cause commune : celle du progrès social.
Sa carrière, débutée en 1996 sur les écrans de Télé-Zaïre 2 avant son intégration à la RTNC en 1999, est le récit d’une ascension par la maîtrise. Producteur, réalisateur, animateur : autant de casquettes portées avec une égale rigueur. Mais c’est peut-être dans l’intimité du plateau de « Libala ya Bosembo » que son génie s’est le plus pleinement exprimé. Cette émission, devenue un véritable phénomène de société, a transcendé le simple cadre du divertissement pour se muer en chaire laïque des valeurs familiales et morales. Chaque épisode était une leçon de vie, une parabole moderne où les conflits domestiques se résolvaient par le dialogue et le respect, offrant aux millions de téléspectateurs congolais bien plus qu’une distraction : un miroir et une boussole. Libala ya Bosembo n’était pas un programme ; c’était un rendez-vous avec la conscience nationale, une parenthèse de sagesse dans le flux torrentiel des images.
L’homme derrière le professionnel était un poète, un dramaturge, un scénariste. Son engagement culturel débordait largement le cadre de la télévision publique. En tant que vice-président national du Corps des animateurs culturels du Congo et président honoraire de l’Union des journalistes culturels du Congo, il œuvrait sans relâche à structurer et valoriser le secteur. Consultant en organisation, maître de cérémonies hors pair, metteur en scène attentif : chaque facette de son activité renvoyait à une même quête d’excellence et de sens. Que reste-t-il de l’œuvre d’un tel homme lorsque la caméra s’éteint ? Il reste l’empreinte indélébile laissée sur des générations de professionnels qu’il a formés, influencés ou simplement inspirés par sa constance.
La disparition de Pepitho Ngudie Kulondi intervient dans une séquence tragique pour le monde médiatique congolais, à peine cinq jours après la perte d’un autre talent, Mbuyal Mangal. Ce double deuil frappe de plein fouet un écosystème déjà en tension, rappelant avec une cruelle acuité la fragilité de ses artisans. La RTNC, en particulier, perd un gardien de sa tradition de service public, un homme pour qui l’antenne n’était pas un simple outil de diffusion, mais un espace sacré de transmission et d’éducation. Son héritage est celui d’une éthique professionnelle inflexible, d’une croyance inébranlable dans le pouvoir transformateur des médias lorsqu’ils sont mis au service du bien commun.
Aujourd’hui, alors que les hommages commencent à affluer, c’est toute une nation qui se souvient des visages et des voix qui ont accompagné son quotidien. Le journaliste congolais décédé laisse derrière lui un vide qui est aussi un défi : celui de perpétuer cette exigence de qualité et de profondeur dans un paysage médiatique en perpétuelle mutation. Son combat contre la maladie, mené dans la discrétion, reflète la même dignité silencieuse que celle qui caractérisait son œuvre à l’écran. En s’éteignant, Pepitho Ngudie Kulondi ne nous quitte pas tout à fait ; il nous lègue une question, un standard, une certaine idée de ce que doit être la télévision publique : une école, un refuge, une lumière. Et c’est dans la persistance de cette exigence que son âme de communicateur continuera, sans doute, de vibrer.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
