Le gouvernement rwandais a officiellement annoncé sa volonté de présenter Louise Mushikiwabo pour un troisième mandat consécutif à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie. Cette décision, dévoilée par le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, intervient à dix mois du XXe Sommet de la Francophonie prévu à Phnom Penh et ouvre un débat stratégique sur l’avenir de l’institution.
Le second mandat de l’actuelle secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, arrive à expiration cette année. Élue une première fois en octobre 2018 lors du sommet d’Erevan, puis reconduite en novembre 2022 à Djerba, sa réélection pour un troisième mandat ne serait pas sans précédent mais relance la question de la rotation géographique à la tête de l’organisation. Le dépôt des candidatures, dont la clôture est fixée à fin avril, place ainsi les États membres devant un choix crucial.
Cette annonce de Kigali survient dans un contexte où d’autres voix, notamment africaines, s’élèvent pour réclamer un renouvellement. Dans une tribune publiée en juillet 2025, Mabiala Ma-Umba, ancien haut fonctionnaire de l’OIF, estimait que la République démocratique du Congo pourrait légitimement prétendre à cette fonction. Son argument repose sur le poids démographique francophone de la RDC et la nécessité d’une personnalité « inspirante » capable de faciliter le dialogue entre les 88 États et gouvernements membres. Alors que l’avenir démographique de la Francophonie se situe incontestablement en Afrique, la non-application d’un principe strict de rotation géographique est pointée du doigt. Depuis la création du poste en 1997, seuls Boutros Boutros-Ghali (Égypte), Abdou Diouf (Sénégal), Michaëlle Jean (Canada) et donc Louise Mushikiwabo (Rwanda) se sont succédé.
Le profil de Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères et de l’Information, est celui d’une diplomate aguerrie et polyglotte. Son bilan à la tête de l’OIF est régulièrement salué pour sa gestion administrative et sa promotion de la langue française dans un monde multipolaire. Cependant, la perspective d’un troisième mandat interroge : l’organisation a-t-elle besoin de stabilité ou de renouveau pour relever les défis du XXIe siècle ? La Francophonie peut-elle se permettre d’ignorer le potentiel et les attentes de la RDC, plus grand pays francophone du monde par sa population ?
Les réactions au sein de l’espace francophone, et particulièrement en Afrique centrale, seront scrutées dans les prochaines semaines. La décision finale, qui interviendra par consensus lors du sommet de Phnom Penh, dépendra d’intenses négociations diplomatiques en coulisses. La candidature rwandaise, en se positionnant très tôt, démontre une stratégie claire de continuité. Elle place aussi les autres États membres, dont la République démocratique du Congo, devant leurs responsabilités. Présenter une candidature alternative crédible et portée par une large coalition apparaît dès lors comme un impératif pour quiconque souhaiterait infléchir le cours des événements.
L’enjeu dépasse la simple personne du secrétaire général. Il touche à la gouvernance, à la représentativité et à la vision politique de l’OIF. Dans un paysage géopolitique mondial en recomposition, où la langue française est à la fois un lien culturel et un outil d’influence, le leadership de l’organisation doit incarner à la fois l’héritage et l’ambition. Que signifierait un troisième mandat pour Louise Mushikiwabo ? Une reconnaissance de son action passée et un gage de stabilité. Que représenterait l’émergence d’une candidature venue de RDC ? Un symbole fort de passage de témoin vers le cœur démographique de la Francophonie et une potentialité de nouveaux dynamismes. Le débat est désormais ouvert, et les prochains mois seront déterminants pour l’institution.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
