Paris a de nouveau servi de cadre, ce mercredi 25 février, à un entretien direct entre le Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et son homologue français, Emmanuel Macron. Si l’agenda sécuritaire concernant l’est de la RDC figurait en bonne place, un autre dossier, de nature diplomatique cette fois, a capté l’attention : la candidature officielle de Kinshasa pour le secrétariat général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Cette ambition, portée par la diplomatie congolaise, pourrait redéfinir les équilibres au sein de l’espace francophone et s’annonce déjà comme un front de compétition régionale.
La rencontre entre Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron s’inscrit dans un processus de préparation diplomatique minutieux. Début février, la France avait dépêché à Kinshasa une mission exploratoire dirigée par Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie. Cette dernière avait alors reconnu la « légitimité » de la RDC à aspirer à un rôle de premier plan au sein de l’OIF, tout en restant ouverte à toutes les candidatures jusqu’à la date limite du 15 mai. « Nous savons que la RDC est très attachée au multilatéralisme », avait-elle déclaré, soulignant l’importance pour l’organisation de compter sur l’engagement de ce pays-continent. Cette visite préparatoire confirme l’intérêt stratégique de Paris pour le dossier et laisse entrevoir des consultations serrées en coulisses.
Le Sommet de la Francophonie 2026, prévu au Cambodge, se profile ainsi comme l’arène où se jouera cette élection cruciale. C’est lors de ce rendez-vous que les États et gouvernements membres devront choisir la personnalité appelée à succéder, ou à être reconduite, à la tête de l’organisation. Une perspective qui place la diplomatie RDC-France au cœur d’une équation complexe. Mais pourquoi la RDC investit-elle autant d’énergie dans cette candidature ? Au-delà du prestige, il s’agit d’une projection de soft power et d’une reconnaissance de son statut de premier pays francophone au monde par le nombre de locuteurs. Diriger l’OIF offrirait à Kinshasa une tribune internationale majeure pour porter ses priorités, notamment en matière de promotion de la langue française et de défense d’un multilatéralisme réformé.
Cependant, la voie est semée d’embûches. Une nouvelle bataille diplomatique se dessine clairement avec le Rwanda, pays voisin avec lequel les relations sont tendues depuis des décennies, principalement sur le terrain sécuritaire dans l’est congolais. Kigali a en effet annoncé la candidature de Louise Mushikiwabo, la Secrétaire générale sortante de l’OIF, pour un troisième mandat. Cette annonce transforme la course au secrétariat général en un duel symbolique entre les deux capitales, déplaçant partiellement leur rivalité sur le terrain de l’influence culturelle et institutionnelle. La candidature de Louise Mushikiwabo à l’OIF bénéficie de l’avantage du sortant et d’un réseau consolidé, mais elle doit aussi composer avec les critiques sur la gestion de l’organisation et les possibles résistances à une prolongation au-delà de deux mandats.
Face à ce défi, la RDC candidate à l’OIF mise sur ses atouts démographiques, sa centralité géographique en Afrique et son engagement renouvelé sur la scène internationale, illustré par son mandat actuel au Conseil de sécurité de l’ONU. La position de la France, historiquement influente au sein de la Francophonie, sera donc scrutée à la loupe. Les déclarations d’Éléonore Caroit, ouvertes mais non-engagées, reflètent la prudence de Paris, qui doit naviguer entre son soutien traditionnel à certains partenaires et la reconnaissance du poids géopolitique croissant de la RDC. La décision finale de l’Élysée pourrait bien être un indicateur clé de l’évolution des alliances dans la région des Grands Lacs.
Cette compétition pour la direction de l’OIF dépasse ainsi largement la simple attribution d’un poste. Elle cristallise des enjeux de leadership régional, de légitimité politique et de vision pour l’avenir de la Francophonie. Alors que les tensions sécuritaires persistent à l’Est, cette rencontre Tshisekedi Macron et les manœuvres diplomatiques qui l’entourent démontrent que Kinshasa entend utiliser tous les leviers à sa disposition pour affirmer son statut et contrer l’influence de Kigali. Les prochains mois, jusqu’à la clôture des candidatures en mai et le sommet de 2026, seront déterminants pour savoir si la diplomatie congolaise parvient à transformer cette ambition en réalité, ou si elle se heurtera aux réalités d’un jeu d’influence où chaque vote compte.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
