Des silhouettes déterminées, certaines le torse découvert en signe de détresse ultime, se dressent devant les grilles de l’ONATRA à Kinshasa. « Nous réclamons simplement ce qui nous est dû, vingt mois de vie volés », lance l’une d’entre elles, la voix empreinte d’une lassitude qui en dit long sur le calvaire économique. Cette scène, puissante et tragique, résume à elle seule l’un des visages de l’année 2025 pour les femmes congolaises : un combat quotidien pour la dignité et la survie, dans un contexte national contrasté où les symboles d’avancée côtoient une réalité souvent brutale.
Cette année a pourtant commencé sous le signe d’une continuité politique porteuse d’espoirs. La reconduite de Judith Suminwa Première ministre a confirmé la présence d’une femme à la tête de l’exécutif, une première historique qui perdure. Son gouvernement compte plus de 30% de ministres femmes, une progression notable. Mais cette avancée, saluée, bute sur un plafond de verre persistant. La parité constitutionnelle de 50% reste un horizon lointain. La nomination de Grâce Emie Kutino au ministère de la Jeunesse a également animé le débat public, cristallisant à la fois les attentes envers une nouvelle génération de leaders et les critiques sur le style politique. Ces figures visibles interrogent : une présence accrue au sommet de l’État suffit-elle à changer la vie des millions de femmes dans les quartiers, les marchés ou les champs ?
Le parcours de la justice a, lui aussi, offert un miroir trouble de la société. L’affaire Honorine Porsche Rawbank a tenu le pays en haleine, aboutissant à une lourde condamnation pour braquage et terrorisme. Loin des palais ministériels, ce procès a exposé une autre facette, sombre et criminelle, impliquant une femme. Dans un registre différent, le cas de la militaire Sarah Ebabi, sanctionnée pour des photos de mariage en tenue, a déclenché un vif débat sur la discipline, l’image des institutions et les limites de l’expression personnelle. Deux affaires, deux visions des transgressions et de leur sanction, qui ont divisé l’opinion.
Dans le domaine de l’éducation, l’année a été marquée par une perte douloureuse avec le décès de l’institutrice Bonnette Elombe. Cette enseignante de l’école primaire de Yolo-Sud, à Kinshasa, n’était pas une éducatrice comme les autres. Sa pédagogie joyeuse, mêlant chants et danses, et ses vidéos virales célébrant ses élèves avaient fait d’elle une star des réseaux sociaux et un modèle d’amour du métier. Ses obsèques, suivies par une foule immense, ont témoigné de l’impact profond d’une femme ordinaire qui, par son dévouement, est devenue une figure nationale extraordinaire. Son héritage rappelle avec force le rôle central des enseignantes dans la construction de l’avenir.
Mais ce tableau aurait une saveur amère s’il occultait l’horreur qui se déroule à l’autre bout du pays. À l’Est, en 2025, la recrudescence des combats et l’avancée des groupes armés comme le M23 ont plongé des communautés entières dans la terreur. Dans ce chaos, les violences femmes est RDC ont atteint des niveaux insoutenables. Les viols sont utilisés comme armes de guerre, systématiques et massifs. Des centaines de cas ont été officiellement enregistrés en quelques jours dans certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, un chiffre qui ne représente qu’une infime partie de la réalité, tant la peur des représailles et la stigmatisation étouffent les voix des survivantes. Comment parler de progrès quand, dans la même nation, des femmes sont exposées à une telle barbarie ?
Ainsi, l’année 2025 dessine pour les femmes congolaises un paysage schizophrénique. D’un côté, une reconnaissance politique symbolique, des voix qui s’élèvent dans l’espace public, des modèles inspirants comme Bonnette Elombe. De l’autre, une précarité économique qui pousse aux manifestations désespérées, une justice qui punit mais ne prévient pas toujours, et l’enfer des conflits qui réduit le corps des femmes à un champ de bataille. La célébration du 25e anniversaire de la Résolution 1325 de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité est venue rappeler cet impératif : la participation et la protection des femmes ne sont pas des options, mais les piliers indispensables d’une paix durable. Le chemin reste long, mais les femmes congolaises, par leur résilience et leurs combats multiples, continuent d’en être les principales artisanes, malgré les obstacles et les violences.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
