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Abattoir de Kituku paralysé : la crise économique asphyxie la filière viande à Goma

Le ronronnement habituel des machines et le va-et-vient incessant des camions ont laissé place à un silence inquiétant. À Goma, dans le Nord-Kivu, l’abattoir de Kituku fonctionne au ralenti, symptôme palpable d’une économie locale en pleine asphyxie. Les chiffres, implacables, dessinent les contours d’une crise sectorielle : alors que plus de 500 têtes de bétail étaient écoulées chaque semaine en période de fêtes, décembre 2025 a péniblement vu la vente de moins de 200 bêtes. Dans une agglomération de près de deux millions d’habitants, ce chiffre résonne comme un coup de semonce. Comment une ville de cette envergure peut-elle absorber si peu de viande ? La réponse se niche dans un enchevêtrement de facteurs économiques qui étranglent le pouvoir d’achat et les circuits commerciaux.

Le moteur principal de cette vente de bétail en berne est, selon les acteurs de la filière, un climat économique délétère. La fermeture de l’aéroport international de Goma depuis fin janvier 2025 a porté un coup sévère aux débouchés extérieurs, notamment vers Kinshasa. Cet axe vital pour l’exportation de denrées périssables comme la viande est désormais coupé, privant les bouchers d’une clientèle institutionnelle et solvable. « Le gros de nos clients venait de Kinshasa, qui nous achetait parfois 50 ou 100 kilos d’un coup », témoigne un boucher, soulignant l’ampleur de la perte. Parallèlement, la non-perception des salaires par une grande partie des travailleurs du secteur public à Goma a asséché la demande locale. Ces deux phénomènes conjugués ont gelé la circulation de la monnaie, piégeant les éleveurs et les commerçants dans une spirale de stocks invendus.

Cette paralysie des transactions survient dans un contexte de prix pourtant jugé abordable. Le kilogramme de viande bovine se négocie à 4,5 USD en gros, et entre 14 000 et 16 000 Francs congolais (environ 6 USD) au détail. Une offre stable qui, normalement, devrait stimuler la consommation. Pourtant, les étals restent pleins. « La monnaie ne circule pas », répètent les professionnels, constat amer d’une économie en état de siège. Le secteur bancaire, fragilisé, a aggravé la situation par la fermeture de plusieurs agences, compliquant davantage les transactions et la trésorerie des entreprises. Un acheteur résume la situation d’une formule choc : « Rien ne marche du fait que l’argent ne circule pas. Nos marchandises font constamment faillite. »

En amont de la chaîne, les éleveurs subissent une double peine. Non seulement ils peinent à écouler leur production sur le marché de Goma, mais ils font également face à une insécurité grandissante dans les zones d’élevage. Les territoires de Rutshuru et de Masisi, greniers à bétail de la région, sont en proie à une recrudescence de pillages de vaches par des groupes armés. Cette prédation directe sur le capital productif des fermiers érode les capacités de renouvellement des troupeaux et ajoute un risque opérationnel majeur à la crise économique. Le cercle vicieux est complet : l’insécurité réduit l’offre potentielle, tandis que l’effondrement de la demande à Goma annihile les débouchés, plongeant toute la filière viande bovine du Nord-Kivu dans une impasse.

Les conséquences de ce marasme dépassent le simple cadre sectoriel. L’abattoir de Kituku, maillon économique clé, générait une activité en cascade (transport, commerce, services). Son ralentissement a donc un effet récessif multiplicateur sur l’ensemble de l’économie de Goma. La baisse de la consommation de protéines animales est aussi un indicateur social alarmant, signalant un appauvrissement général des ménages. À moyen terme, cette crise menace la résilience de la filière. Les éleveurs, confrontés à des coûts fixes et à des pertes récurrentes, pourraient être contraints de se désengager, avec des effets durables sur la sécurité alimentaire régionale. La réouverture de l’aéroport et le retour à une normale administrative, notamment par le paiement régulier des salaires, apparaissent comme des préalables incontournables pour redonner un souffle à ce secteur vital. Sans cela, l’économie de Goma risque de continuer à tourner à vide, avec l’abattoir de Kituku en point de mire d’une récession qui n’ose pas dire son nom.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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