Une opération de sabotage à grande échelle frappe le réseau électrique du Sud-Kivu. Plus de trois kilomètres de câbles de la Société nationale d’électricité (SNEL) ont été dérobés dans l’agglomération de Kavumu, territoire de Kabare. Cet acte, qualifié d’« incivique » par les autorités, menace directement les efforts de lutte contre le délestage dans une région déjà éprouvée par des pénuries d’énergie chroniques.
À travers un communiqué rendu public, la SNEL Sud-Kivu tire la sonnette d’alarme. Elle dénonce un plan orchestré visant explicitement à « anéantir ses efforts » dans l’amélioration de la fourniture en électricité. Les conducteurs en cuivre volés, d’une section de 50, 35, 25 et 16 millimètres carrés, sont des éléments vitaux. Ils proviennent tous de la ligne moyenne tension du feeder Kavumu, une artère essentielle du réseau.
L’ampleur du vol câbles SNEL se mesure village par village. Bukanga rapporte la disparition de 1 500 mètres de câbles. Kasheni en a perdu 900, Cirheja 400. Derrière le tribunal de grande instance de Kavumu, ce sont 300 mètres supplémentaires qui ont été soustraits. Cette saignée organisée prive des communautés entières et compromet la stabilité du réseau, alimentant directement le cycle du délestage Sud-Kivu.
Face à cette attaque contre le bien public, les réactions sont fermes. Les autorités locales des groupements Bugorhe et Miti condamnent avec la plus grande vigueur ces agissements. Elles exigent des sanctions exemplaires contre les auteurs. Comment de tels vols, impliquant des infrastructures lourdes et dangereuses, peuvent-ils se produire sans complicité ? La question hante les responsables locaux.
La réponse partielle est apportée par les services de sécurité. Dans une lueur d’espoir, la SNEL confirme que trois présumés coupables sont désormais sous les verrous. Parmi eux, deux individus sont identifiés comme receleurs, maillons cruciaux du trafic de métaux. Le troisième est présenté comme un « voleur qualifié », suggérant une expertise technique dans le démantèlement des lignes à haute tension. Ces arrestations voleurs câbles marquent un premier pas, mais la filière complète reste à démanteler.
Ce crime n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans un contexte sécuritaire préoccupant pour les biens publics. Il y a environ un mois, la même zone de Kavumu vol électricité était le théâtre d’un drame. Un présumé voleur avait trouvé la mort par électrocution sur un poteau de moyenne tension. Son corps avait été découvert au petit matin, suspendu à une dizaine de mètres du sol, image macabre des risques mortels encourus.
Cet incident tragique n’a visiblement pas servi de leçon dissuasive. La persistance des câbles volés Kavumu pose une question fondamentale de gouvernance et de protection des infrastructures. La SNEL, déjà aux prises avec d’immenses défis techniques et financiers, doit désormais consacrer des ressources précieuses à la sécurisation physique de son réseau. Chaque mètre de câble volé se traduit par des heures de travail perdues, des investissements annulés et, in fine, des populations plongées dans l’obscurité.
Qui sont les commanditaires de ces vols systématiques ? Où aboutit le cuivre ainsi pillé ? Les arrestations récentes permettront-elles de remonter la chaîne et de frapper les cerveaux de cette économie parallèle destructrice ? Les communautés affectées attendent des réponses et des actions concrètes. La lutte contre le délestage passe inexorablement par la protection des infrastructures existantes. Sans sécurité, tous les efforts de la SNEL risquent d’être réduits à néant par la rapacité de quelques-uns.
La balle est désormais dans le camp de la justice et des forces de l’ordre. La pression des autorités locales et de l’entreprise publique doit conduire à un procès exemplaire. L’enjeu dépasse la simple sanction pénale ; il s’agit de sauvegarder un bien commun essentiel au développement économique et à la vie quotidienne du Sud-Kivu. La population observe et attend que les mesures sévères promises soient appliquées, pour mettre un terme à ce fléau qui plombe l’avenir énergétique de la région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
