« Nous vivons dans des conditions tellement difficiles ici à Rumonge », confie d’une voix empreinte d’émotion Mapenzi Manyebwa, le président des réfugiés congolais Burundi. Cette phrase résonne comme un cri du cœur pour les 846 ménages, majoritairement originaires de la ville d’Uvira, qui ont fui les violences dans l’est de la République démocratique du Congo. Aujourd’hui, leur survie dépend souvent de la générosité d’anonymes, comme en témoigne la récente distribution de vivres et de produits non-alimentaires offerts par des particuliers.
Cette aide humanitaire Rumonge, bien que vitale, ne représente qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins. « C’est depuis deux semaines que nous sommes ici à Rumonge, après avoir quitté le territoire et la ville d’Uvira pour certains, le territoire de Fizi et la ville de Baraka pour d’autres », explique Mapenzi Manyebwa. Le déplacement forcé a plongé ces familles dans une précarité extrême, où chaque sac de farine ou bâche devient un trésor. La distribution effectuée un jeudi a ainsi permis de remettre à chaque ménage une part des 140 sacs de farine de maïs, 1 740 kg de haricots, 10 bidons d’huile de palme, 100 bâches et des savons provenant du député national Justin Bitawira.
Mais au-delà de cette assistance ponctuelle, comment ces Uvira réfugiés envisagent-ils l’avenir ? La question hante les esprits dans le camp de Rumonge. Mapenzi Manyebwa ne manque pas de saluer les efforts des associations locales et de certains élus, mais son appel est clair : « Nous disons merci à ces leaders qui continuent à penser à nos difficultés… mais nous appelons également le gouvernement de la République démocratique du Congo à suivre cet exemple. » Un plaidoyer poignant qui met en lumière le vide d’une prise en charge étatique pour ces citoyens contraints à l’exil.
La situation des réfugiés congolais à Rumonge est le miroir d’une crise humanitaire plus large dans la région des Grands Lacs. Fuir son foyer pour se retrouver dans un camp, dépendre de l’aide humanitaire, c’est le quotidien de milliers de Congolais qui cherchent la sécurité. Les conditions de vie y sont rudimentaires : abris de fortune, accès limité à l’eau potable, soins médicaux insuffisants. L’aide apportée, bien que cruciale, ne suffit pas à couvrir les besoins essentiels en nutrition, logement et santé. Combien de temps encore ces familles devront-elles compter sur la bonne volonté des individus pour survivre ?
Mapenzi Manyebwa, en tant que porte-voix de sa communauté, incarne cette résilience face à l’adversité. Son témoignage soulève une question fondamentale : jusqu’où la solidarité citoyenne peut-elle pallier l’absence des institutions ? Les particuliers et les députés comme Justin Bitawira montrent la voie, mais leur action, aussi noble soit-elle, ne peut se substituer à une politique publique cohérente. La RDC, en tant que nation, a-t-elle une responsabilité envers ses fils et filles réfugiés au Burundi ? La réponse semble évidente pour ceux qui attendent, sous les bâches de Rumonge, un signe de leur patrie.
L’enjeu dépasse la simple assistance matérielle. Il s’agit de redonner de la dignité à des populations traumatisées par la violence et le déracinement. Les réfugiés congolais du camp de Rumonge ne demandent pas la charité, mais le respect de leurs droits fondamentaux. L’aide humanitaire doit s’inscrire dans une stratégie durable incluant la recherche de solutions durables, que ce soit le retour sécurisé dans leurs villages ou l’intégration locale. Sans cela, les distributions resteront des pansements sur une plaie béante.
Alors que le soleil se couche sur le camp de Rumonge, Mapenzi Manyebwa et ses compatriotes gardent l’espoir que leur voix sera entendue. Leur combat est celui de tous les Congolais qui croient en une nation protectrice. L’aide des particuliers est une bouée de sauvetage, mais elle ne doit pas faire oublier la nécessité d’un engagement ferme de Kinshasa. Dans l’attente, chaque sac de haricots, chaque bâche, est une preuve que l’humanité survit, même dans les conditions les plus difficiles. La solidarité, si précieuse soit-elle, peut-elle vraiment remplacer le devoir d’un État envers ses citoyens ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
