Une nouvelle flambée de violence intercommunautaire a ensanglanté la région de Walikale, dans la province troublée du Nord-Kivu. Jeudi 27 novembre, les affrontements entre les communautés Batulanga et Bananziga ont fait un mort et un blessé grave par balle à Mpanga, localité du groupement Bakondjo dans le secteur des Bakano.
Selon des sources administratives locales, ces violences s’inscrivent dans un conflit plus large pour le contrôle du pouvoir coutumier du groupement Bakondjo. La situation sécuritaire au Nord-Kivu reste ainsi particulièrement volatile, avec des tensions persistantes entre différentes communautés.
L’élément déclencheur de cette dernière confrontation remonte à l’arrestation du chef de groupement par intérim des Bakondjo, Misona Mubeganya. Ce dernier, qui revenait d’une réunion de sécurité à Itebero, chef-lieu du secteur des Bakano, a été intercepté puis placé en détention à Mintonko avec les membres de sa délégation.
Le chef de secteur des Bakano, Mwami Jean Selemani, fournit des détails alarmants sur cet incident. « Les agents de police des mines qui accompagnaient le chef Misona ont tous été désarmés par les wazalendo sur ordre du chef de la localité Bananziga », explique-t-il. Cette situation illustre la complexité des rapports de force dans cette zone où différents groupes armés opèrent.
La réaction n’a pas tardé. « C’est cette information qui a poussé les jeunes du chef Misona à aller s’enquérir de la situation de leur chef », poursuit le chef de secteur. Mais cette démarche s’est tragiquement terminée dans une embuscade tendue par les wazalendo du général autoproclamé Mulu. Le bilan fut immédiat : un jeune tué sur le coup, un autre grièvement blessé.
La situation reste extrêmement tendue dans la zone, malgré la libération des personnes initialement arrêtées. Les craintes d’une escalade des violences sont renforcées par les mouvements signalés du général autoproclamé Mulu. « Nous venons d’apprendre que ce général autoproclamé est encore à Mulindi pour tenter d’entrer à Ibanga, chef-lieu de ce groupement, pour saccager et emporter le drapeau », alerte Jean Selemani Bwami Kitunda.
Les enjeux de ce conflit dépassent la simple confrontation physique. Les symboles du pouvoir sont également au cœur des tensions. « Ils ont récupéré tout le dossier du chef Misona et le sceau du groupement », déplore le chef de secteur. Ces éléments confirment que la bataille pour le contrôle institutionnel et symbolique reste une dimension cruciale de ce conflit communautaire.
Face à cette situation explosive, les autorités locales lancent un appel pressant. Le chef de secteur des Bakano en appelle explicitement à « l’implication des autorités militaires pour rétablir l’ordre dans la zone ». Cet appel reflète l’urgence d’une intervention des forces régulières pour prévenir de nouvelles violences.
Ce n’est malheureusement pas la première fois que ce conflit du pouvoir coutumier dégénère en violence meurtrière. En avril dernier, des échauffourées similaires entre les deux camps avaient déjà fait deux morts et trois blessés. La répétition de ces incidents souligne la persistance des tensions et l’incapacité à trouver une solution durable à ce différend.
La question se pose avec acuité : jusqu’où cette escalade va-t-elle mener ? Les violences à Walikale s’inscrivent dans un contexte plus large d’instabilité chronique au Nord-Kivu, où différents conflits communautaires, souvent liés à des enjeux de pouvoir et de territoire, continuent de menacer la sécurité des populations.
Les affrontements entre Batulanga et Bananziga illustrent la complexité des dynamiques locales dans cette région de la RDC. La superposition des conflits – entre communautés, pour le pouvoir coutumier, avec l’implication de groupes armés – crée une situation sécuritaire particulièrement volatile.
La résolution de ce type de conflit nécessite une approche multidimensionnelle, combinant présence sécuritaire, dialogue communautaire et règlement des contentieux liés au pouvoir traditionnel. Sans une telle approche, le risque de nouvelles flambées de violence reste élevé, avec son cortège de victimes et de déplacés.
La situation à Bakondjo reste sous haute surveillance, alors que les autorités tentent de prévenir de nouvelles violences. La communauté locale espère une intervention rapide des forces de sécurité pour mettre fin à ce cycle infernal de confrontations meurtrières.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
