La ville de Lubumbashi a connu ce lundi 27 octobre 2025 une nouvelle flambée de tensions politiques, alors que de jeunes militants de l’association socioculturelle Sympia ont embrasé l’avenue Lumumba par un barrage de pneus enflammés. Cette manifestation Lubumbashi spontanée traduit l’exaspération d’une frange de la population face aux recompositions incessantes au sommet de l’exécutif municipal.
Le cœur du litige ? La notification officielle confirmant Joyce Tunda Chansa comme maire intérimaire Lubumbashi, au détriment de Patrick Kafwimbi Mumamba. « Tout ce que nous réclamons c’est Patrick Kafwimbi à son poste de maire de la ville de Lubumbashi. Cette notification de Madame Joyce est injuste », clame un manifestant, résumant l’état d’esprit des protestataires. La police, déployée en urgence, a dû contenir cette colère populaire qui menace de s’étendre.
Comment en est-on arrivé à cette situation ubuesque où l’adjoint devient titulaire et le titulaire adjoint ? Le scénario rappelle les plus belles heures des intrigues de palais. Après l’élection de Martin Kazembe au gouvernorat, le Vice-Premier ministre Jacquemain Shabani avait initialement nommé Patrick Kafwimbi Mumamba comme maire intérimaire, maintenant Joyce Tunda Chansa comme adjointe. Mais cette dernière, estimant que l’intérim lui revenait de plein droit en sa qualité d’adjoint à l’élu promu au gouvernorat, a saisi le Conseil d’État. Victorieuse, la voilà propulsée à la tête de la municipalité, reléguant son ancien supérieur au rang de subalterne.
Cette valse des positions ne serait-elle que le reflet des luttes d’influence au sein de l’UDPS katangais ? Les deux protagonistes appartiennent en effet au même parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social, ce qui transforme cette crise UDPS Lubumbashi en véritable guerre fratricide. Paradoxalement, tandis que les partisans de Kafwimbi manifestaient leur colère, un autre regroupement se formait devant l’hôtel de ville pour soutenir Joyce Tunda Chansa. La ville minière assiste ainsi à un spectacle pour le moins surréaliste : un parti au pouvoir qui se déchire publiquement sur la gestion de la capitale cuprifère.
Quelles sont les implications réelles de cette crise institutionnelle ? Au-delà des considérations personnelles, c’est la stabilité de la deuxième ville du pays qui se trouve compromise. Lubumbashi, poumon économique de la RDC, peut-elle se permettre ces incessantes querelles de leadership ? La gestion des dossiers urgents – sécurité, approvisionnement en eau, entretien des voiries – risque fort de pâtir de ces divisions politiques.
Le gouvernement central joue-t-il un rôle dans cette affaire ? Certains observateurs pointent du doigt l’attitude du ministère de l’Intérieur, dont les décisions successives ont contribué à alimenter la confusion. Nommer un intérimaire, puis valider son remplacement après recours juridique : cette séquence illustre-t-elle une certaine improvisation dans la gestion des collectivités territoriales ?
La solution résiderait-elle dans l’organisation rapide des élections municipales tant attendues ? Seul un scrutin démocratique pourrait légitimer durablement celui ou celle qui dirigera les destinées de Lubumbashi. En attendant, la ville reste otage de cette bataille politique dont l’issue semble incertaine. Les prochains jours s’annoncent décisifs pour l’avenir de la métropole katangaise, alors que les tensions sociales pourraient s’exacerber si aucun apaisement n’intervient rapidement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
