À Bukavu, une question cruciale résonne dans les salles de conférence : comment enseigner l’histoire congolaise sans perpétuer les récits coloniaux ? Le professeur Jacques Usungo, historien de renom, a lancé un appel pressant lors de la Journée de l’histoire. Son message ? Il est urgent que les intellectuels congolais s’approprient leur passé pour forger un avenir meilleur.
Mais pourquoi cet impératif de réécrire l’histoire nationale ? La réponse du professeur Usungo est sans équivoque : “Depuis l’indépendance, la situation n’a pas changé. On a plus accordé de priorités à l’histoire externe de notre pays qu’à l’histoire de notre pays”. Soixante-cinq ans après l’accession à la souveraineté internationale, les manuels scolaires continuent de glorifier le colonisateur tandis que la résistance et l’identité congolaises restent marginalisées.
Quelles conséquences cette vision biaisée de l’histoire engendre-t-elle ? Pour l’auteur de plusieurs recherches, cet enseignement unilatéral forme des citoyens déconnectés de leur patrimoine. “Nous formons des gens qui n’ont pas l’amour du pays, des gens qui sont prêts à voler”, déplore-t-il. Une génération privée de modèles de résilience et de fierté nationale ne peut pleinement contribuer au développement du Congo.
La solution proposée lors de ces assises historiques à Bukavu repose sur trois piliers fondamentaux. D’abord, la production de savoirs endogènes par les chercheurs congolais. Ensuite, la conception de nouveaux manuels scolaires reflétant la perspective des colonisés plutôt que celle des colonisateurs. Enfin, l’adoption de méthodes pédagogiques innovantes pour transmettre cette histoire revisitée aux jeunes générations.
Le défi de la décolonisation de l’histoire congolaise dépasse le cadre académique. Il s’agit d’un enjeu de société fondamental pour la construction nationale. Comme le souligne le directeur du Centre NASSA, “l’histoire n’est pas encore décolonisée, même le pays n’est pas décolonisé”. Cette prise de conscience marque peut-être le début d’une révolution culturelle nécessaire.
Qu’adviendrait-il si les Congolais maîtrisaient enfin leur propre récit historique ? Le professeur Usungo entrevoit des perspectives prometteuses : “Nous pourrons avoir une génération qui maîtrise son passé, qui a l’amour du pays et qui est prête à sacrifier sa vie pour le pays”. L’enseignement de l’histoire congolaise authentique deviendrait ainsi le ferment du patriotisme et du développement durable.
La route vers une histoire véritablement congolaise reste longue mais des initiatives comme la Journée de l’histoire de Bukavu montrent la voie. La décolonisation des mentalités passe par la réappropriation du récit national, un impératif qui concerne autant les historiens que l’ensemble de la société congolaise.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd