La cinquième audience du procès de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice de la République démocratique du Congo, a été marquée par le témoignage éclairant de Rose Mutombo, son prédécesseur au portefeuille ministériel et actuelle Premier Avocat Général près le Conseil d’État. Le mercredi 6 août 2025, cette haute magistrate a apporté des précisions déterminantes sur la gestion des fonds FRIVAO, au cœur des accusations pesant sur l’ex-ministre.
Interrogée sur l’origine controversée des financements, Rose Mutombo a établi que les fonds provenaient intégralement du gouvernement ougandais, conformément aux obligations internationales. La répartition de ces ressources, a-t-elle souligné, découlait strictement d’un arrêt de la Cour Internationale de Justice, offrant ainsi un cadre légal incontestable. Cette précision technique répond directement aux interrogations sur la légitimité des transferts financiers.
Concernant la structure comptable, l’ancienne ministre a distingué avec rigueur deux entités distinctes : le compte bancaire du ministère de la Justice, hérité de ses prédécesseurs et qu’elle a maintenu, et celui spécifiquement dédié à l’établissement FRIVAO. Cette séparation administrative, a-t-elle insisté, respectait scrupuleusement les directives de la CIJ. Comment expliquer alors les soupçons de confusion des flux financiers ? La réponse réside peut-être dans la gestion des 18% des fonds restant sous tutelle ministérielle.
Sur ce point sensible, Rose Mutombo a révélé que ces fonds étaient placés sous l’autorité collégiale du Conseil des ministres, écartant ainsi toute initiative personnelle dans leur allocation. Une supervision gouvernementale qui, en théorie, devait garantir leur usage conforme aux objectifs initiaux. Mais l’audience a surtout été marquée par une révélation chiffrée : l’ancienne ministre a indiqué avoir laissé plus de 8 millions de dollars américains sur le compte FRIVAO à la fin de son mandat. Si le montant exact demeure imprécis, cette déclaration introduit un élément tangible dans le dossier financier.
L’utilisation des fonds a également été explicitée, notamment concernant les infrastructures pénitentiaires. Mme Mutombo a reconnu leur dimension sécuritaire, particulièrement dans les provinces sous état de siège et pour la prison de Makala à Kinshasa. Cette affectation, a-t-elle argué, s’inscrivait dans des impératifs légitimes de sécurité nationale, bien que cette justification soulève des questions sur la frontière entre développement carcéral et priorités militaires.
Ce témoignage d’une autorité judiciaire incontestée apporte des clarifications essentielles sur des points jusqu’alors obscurs du dossier FRIVAO. La distinction des comptes, le cadre légal de la CIJ, et la révélation des 8 millions de dollars constituent des pièces majeures pour comprendre la mécanique financière mise en cause. Pourtant, des zones d’ombre persistent : qui exerçait le contrôle effectif sur les fonds non transférés à l’établissement FRIVAO ? Dans quelle mesure la supervision du Conseil des ministres était-elle documentée ?
La défense de Constant Mutamba, attentive à ces nuances, continue de réclamer une transparence totale sur la chaîne de décision. Les prochaines plaidoiries, prévues le 13 août 2025, devront trancher sur la responsabilité individuelle de l’ancien ministre dans cette gestion complexe. Ce procès dépasse désormais la simple affaire pénale pour interroger les mécanismes de gouvernance des fonds publics en RDC. L’opinion publique, suspendue à ces débats, attend des garanties concrètes contre la répétition de tels schémas opaques.
Alors que la justice congolaise avance dans l’examen minutieux de ce dossier emblématique, une question fondamentale demeure : les clarifications apportées par Rose Mutombo suffiront-elles à établir la vérité judiciaire, ou révèlent-elles au contraire les failles systémiques dans le contrôle des finances publiques ? La suite des débats éclairera non seulement le sort de Constant Mutamba, mais aussi les standards de transparence exigibles des institutions congolaises.
Article Ecrit par Cédric Botela
