L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a détaillé mercredi sa gestion des projets de l’Arena de Kinshasa et du Centre financier, lors d’un échange en direct sur les réseaux sociaux. Il conteste les accusations d’indiscipline budgétaire et défend une stratégie d’investissement public qu’il juge mal comprise.
Des montants corrigés pour l’Arena
Sur l’Arena, Nicolas Kazadi affirme avoir décaissé environ 30 millions de dollars, pour un niveau d’exécution physique qu’il évalue entre 60 et 65 % au moment de son départ du gouvernement. Il réfute le chiffre de 104 millions de dollars souvent avancé, expliquant que ce montant correspond au total qu’il a « ramené », c’est-à-dire négocié à la baisse, sur un projet dont le coût avait dérivé de 125 à 175 millions de dollars sous la responsabilité d’autres acteurs avant son intervention. Pour la suite du chantier, il renvoie vers ses successeurs : « Il faut demander à ceux qui ont suivi. »
Le Centre financier, un actif stratégique selon l’ancien ministre
Concernant le Centre financier de Kinshasa, souvent critiqué pour son utilité incertaine dans un pays où l’accès au crédit reste limité, l’ancien ministre défend un « investissement hautement stratégique ». Il avance qu’un terrain initialement estimé à 30 millions de dollars, une fois bâti pour un coût total avoisinant 400 millions de dollars incluant l’Arena, atteindrait aujourd’hui une valeur estimée à plus d’un milliard de dollars selon les dernières évaluations. Sa stratégie consistait à loger une partie de ce patrimoine immobilier dans le bilan d’un fonds d’investissement de droit privé qu’il avait créé, transformé depuis en établissement public. Ce fonds disposait dès le départ de 300 millions de dollars d’immobilisations à son actif, ainsi que de revenus locatifs, sans recourir à la fiscalité classique. L’objectif affiché était de constituer un instrument capable de financer d’autres secteurs stratégiques, gestion des parkings douaniers, agriculture, immobilier, selon une logique de création de richesse plutôt que de charge budgétaire, à l’image des modèles de développement observés aux Émirats arabes unis ou au Qatar. Il regrette que cette vision ait été « raillée » et mal comprise, tout en espérant qu’elle puisse encore être reconnue à l’avenir.
Un transfert décidé au plus haut niveau
Nicolas Kazadi explique également pourquoi le projet Arena, initialement porté par le ministère des Sports, a été transféré vers son fonds d’investissement logé aux Finances. Selon lui, cette décision, prise « au plus haut niveau », visait à instaurer une discipline de gestion commerciale détachée de l’État, afin d’éviter que l’Arena ne connaisse le sort des infrastructures sportives congolaises habituellement confrontées à des problèmes de dégradation, d’entretien et d’homologation. C’est ce transfert qui explique, selon lui, le passage du budget initial de 290 millions de dollars pour le seul Centre financier à plus de 400 millions une fois l’Arena intégrée au projet global, auxquels s’ajoutent des ajustements techniques ultérieurs, comme l’ajout de deux étages.
L’hôtel du complexe, un partenariat inabouti
Interrogé sur l’hôtel attenant au complexe, resté à l’état de bâtiment abandonné, l’ancien ministre précise qu’il s’agissait initialement d’un projet de partenariat public-privé : un investisseur devait financer la construction, obtenir une concession d’exploitation de plusieurs décennies, tout en reversant des royalties équivalant à 3 % de son chiffre d’affaires au fonds, en plus de la fiscalité de droit commun. Le gros œuvre de l’hôtel, estimé entre 8 et 9 millions de dollars, aurait été financé par l’État dans l’attente de la signature de cette concession, avec un remboursement prévu par l’investisseur privé. Or, selon Kazadi, ce contrat n’a jamais été signé, laissant l’édifice à l’abandon, sans qu’il ne sache aujourd’hui qui pourrait reprendre le projet.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
