Le débat sur le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi s’est enrichi d’une prise de position ferme de Peter Kazadi, cadre de l’UDPS et ancien vice-Premier ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Invité samedi d’un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, il a rejeté l’idée d’un médiateur neutre pour conduire les consultations, défendant le recours aux « structures de l’État » qu’il juge légitimes et suffisantes. Cette position, exprimée à Kinshasa, clarifie la ligne du parti présidentiel sur un processus dont l’opposition craint qu’il ne serve à légitimer une révision constitutionnelle.
Un dialogue sans médiateur extérieur, assumé par les institutions
Peter Kazadi a justifié le choix de confier l’organisation du dialogue aux structures étatiques en rappelant qu’elles sont, selon lui, une émanation du peuple et disposent d’un mandat pour l’écouter. Il n’y voit aucune incompatibilité et estime inutile de chercher ailleurs des acteurs neutres, alors que le pays disposerait déjà des instruments nécessaires. Cette réponse intervient alors que plusieurs voix de l’opposition réclamaient un médiateur indépendant pour garantir l’équité du processus.
La question constitutionnelle au cœur des inquiétudes
Interrogé sur les craintes d’un dialogue instrumentalisé pour changer la Constitution, Peter Kazadi a renversé l’accusation en la qualifiant de posture antidémocratique. Il a reproché à ce qu’il désigne comme un groupe restreint d’opposants, « ces quatre individus », de vouloir priver le peuple congolais de son droit à la parole. Pour lui, le dialogue permettra d’aborder toutes les questions concernant le pays, y compris celle de la Constitution si elle est soulevée par les Congolais eux-mêmes : « aucune question ne sera écartée », a-t-il affirmé. Il a retourné l’interrogation contre ses détracteurs, leur demandant pourquoi ils redoutent la voix du peuple s’ils prétendent parler en son nom, et au nom de qui exactement ils s’exprimeraient.
Un engagement formel absent, un principe démocratique avancé
Relancé sur l’absence de garanties écrites ou institutionnelles excluant tout changement constitutionnel à l’issue du processus, Peter Kazadi n’a pas répondu directement sur l’existence d’un tel engagement formel. Il a préféré retourner l’argument sur le terrain du principe démocratique : si le président avait voulu décider seul, il n’aurait pas convoqué de dialogue. Ayant accepté de consulter largement la population, il ne saurait, selon Kazadi, s’engager par avance à limiter les sujets que les Congolais seraient autorisés à aborder, ce qui reviendrait à contredire l’esprit même de la démarche.
Le rôle des confessions religieuses en question
Interrogé sur les raisons pour lesquelles les confessions religieuses, jugées crédibles par une large partie de la population depuis la Conférence nationale souveraine, n’ont pas été associées à un rôle de médiation à part entière mais reléguées à une fonction plus secondaire au sein de la commission préparatoire, Peter Kazadi a répondu que celles-ci avaient bien participé aux tractations ayant conduit à la décision présidentielle. Il a affirmé faire confiance aux « pères spirituels » pour jouer le rôle qui leur reviendra dans la réussite du dialogue. Toutefois, interrogé plus précisément sur une éventuelle participation à temps plein des Églises dans le format retenu, il a indiqué ne pas disposer, en l’état, de cette information.
Cette prise de position de Peter Kazadi, en défendant le cadre institutionnel choisi pour le dialogue national, illustre la volonté du pouvoir de garder la main sur un processus dont les contours restent à préciser. Elle laisse en suspens les garanties réclamées par l’opposition, notamment sur la question constitutionnelle, et maintient une incertitude sur le rôle exact que joueront les confessions religieuses.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
