La situation des Congolais refoulés d’Angola dans le territoire de Kasongolunda, au Kwango, prend une tournure de plus en plus préoccupante. Depuis novembre 2025, 2 781 personnes ont été recensées, dont une majorité de personnes vulnérables : plus de 1 000 enfants, 22 femmes enceintes, 12 femmes allaitantes, 13 personnes vivant avec un handicap et 16 orphelins. Ces chiffres, rapportés par la société civile locale, cachent une réalité sanitaire et humanitaire dégradée, avec au moins six décès liés aux conditions de vie précaires depuis la première vague.
Un afflux massif de personnes vulnérables
Les refoulés se sont dispersés dans plusieurs villages frontaliers, notamment à Kawungula, Mawangu, Manzazi et dans la commune rurale de Tembo. Initialement concentrés à Tembo, beaucoup ont dû se déplacer vers les localités voisines en raison de difficultés d’accès à la nourriture. Cette dispersion complique le suivi sanitaire et l’organisation d’une aide coordonnée. La présence d’enfants, de femmes enceintes et allaitantes, ainsi que de personnes handicapées, exige une prise en charge spécifique, notamment en matière de nutrition et de soins de santé primaires.
Des structures de santé à bout de souffle
Le président de la société civile de Tembo, Jean Kajiji, a alerté sur la rupture de stock au sein de l’unique structure de santé locale qui avait pris en charge certains refoulés. Il décrit une situation « hors du commun, très dégradante », où des familles dorment à ciel ouvert. L’hôpital, qui a traité plusieurs cas, ne dispose plus de ressources pour assurer la continuité des soins. Cette pénurie de médicaments et de matériel médical expose les patients à des complications évitables, en particulier les enfants et les femmes enceintes, dont le suivi est essentiel pour prévenir les décès maternels et infantiles.
L’absence d’aide humanitaire et gouvernementale
Depuis neuf mois, aucune structure humanitaire ni autorité gouvernementale, qu’elle soit centrale ou provinciale, n’est intervenue pour porter assistance à ces populations. Jean Kajiji a déploré l’inaction des pouvoirs publics : « Est-ce qu’il y a un gouvernement ? Le gouvernement doit travailler pour le bien-être de sa population. Depuis 2025, nous lançons un cri d’alarme pour qu’on vienne nous aider, mais aucun signe de vie. » Cette absence de réponse institutionnelle aggrave la crise humanitaire et laisse les communautés locales démunies face à l’urgence.
Des alertes répétées depuis novembre 2025
Les premiers mouvements de refoulés avaient été signalés en novembre 2025 à Shakufwa, dans le territoire de Kahemba, et à Tembo. Le 7 novembre 2025, l’Assemblée provinciale du Kwango avait déjà dénoncé les conditions inhumaines de ces expulsions et alerté sur la présence massive de femmes, d’enfants et de personnes ne parlant aucune langue congolaise. Elle avait alors invité le gouvernement à renforcer la sécurité aux postes frontaliers. Pourtant, malgré ces avertissements, la situation n’a cessé de se détériorer, mettant en lumière les lacunes de la coordination entre les niveaux de pouvoir et l’absence de mécanismes de protection pour les populations déplacées.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
