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Enseignement supérieur en RDC : des frais académiques entièrement détournés du Trésor public

Les révélations du député national André Mushongo Mashara sur le financement de l’enseignement supérieur en République démocratique du Congo mettent en lumière un système de captation des frais académiques qui prive le Trésor public de ressources essentielles. Intervenant lors d’un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’initiateur de la proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte a dévoilé les conclusions d’une enquête parlementaire inédite, adoptée en plénière par l’Assemblée nationale. Selon lui, il s’agit de la première investigation de ce type menée depuis le début de la 4ème législature, couvrant l’ensemble des universités du pays. Le rapport complet, encore confidentiel, a été déposé au Bureau de l’Assemblée nationale, qui doit le transmettre au chef de l’État, à la Première ministre ou aux autorités concernées avant toute divulgation publique.

Un détournement massif des frais académiques

Le constat dressé par le député est sans appel : l’intégralité des frais académiques payés par les étudiants congolais échapperait au Trésor public. « Les trésors publics n’ont aucun rond », a-t-il martelé, soulignant que cette situation concerne tous les frais académiques et connexes. L’enquête pointe en particulier les frais dits d’« effort de construction », normalement destinés au financement des infrastructures universitaires. Plusieurs établissements auraient continué à percevoir ces frais alors même qu’aucune construction n’y était réalisée, y compris dans des universités où le pouvoir central finançait lui-même des chantiers en cours. Ce mécanisme illustre comment des sommes importantes, censées améliorer les conditions d’études, sont détournées de leur objectif initial.

Le cas emblématique des frais d’homologation

Autre exemple cité par André Mushongo Mashara : les frais d’homologation des diplômes, fixés à 75 dollars. Selon l’enquête, seuls 25 dollars seraient effectivement reversés à la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD). Le solde, soit 50 dollars par diplôme, serait capté par « des personnes qui ont une parcelle de pouvoir », que le député situe à la fois dans l’exécutif et dans le milieu universitaire. Ces acteurs se partageraient ces sommes « à l’aise » et « de manière silencieuse », privant ainsi l’État de recettes qui pourraient être réinvesties dans le système éducatif. Ce détournement, par son ampleur et sa systématicité, soulève des questions sur la gouvernance financière des institutions d’enseignement supérieur.

La protection des lanceurs d’alerte comme réponse

Pour André Mushongo Mashara, ces révélations justifient pleinement sa proposition de loi sur le statut des lanceurs d’alerte. Il estime que la phase de sanction ne pourra être efficace que si les personnes détentrices d’informations sur ce type de détournements bénéficient d’une protection légale leur permettant de parler sans crainte de représailles. En l’absence d’un tel cadre, les témoins potentiels de malversations restent silencieux, ce qui perpétue un système où les fonds destinés à l’éducation sont détournés au détriment des étudiants et de la qualité de l’enseignement. La proposition de loi vise donc à créer un environnement sécurisé pour que les abus soient dénoncés et que les responsabilités soient établies.

Quelles conséquences pour l’enseignement supérieur ?

Les faits documentés par l’enquête parlementaire ont des implications directes sur le fonctionnement de l’enseignement supérieur en RDC. Le manque à gagner pour le Trésor public limite les capacités d’investissement dans les infrastructures, les équipements et la qualité pédagogique. Les étudiants, qui paient ces frais, sont les premiers lésés, car ils ne bénéficient pas des services pour lesquels ils contribuent financièrement. La divulgation éventuelle du rapport complet pourrait entraîner des audits plus approfondis et, potentiellement, des poursuites contre les responsables identifiés. En attendant, le débat sur la protection des lanceurs d’alerte apparaît comme un préalable indispensable pour assainir la gestion des fonds dans le secteur éducatif.

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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