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Prothèses au Nord-Kivu : le CICR face aux obstacles de la prise en charge

Chaque année, environ 2 000 personnes bénéficient du programme de réadaptation physique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Nord-Kivu. Il s’agit principalement de blessés de guerre amputés qui ont besoin de prothèses pour retrouver une certaine autonomie. À Goma, ce service est assuré gratuitement en partenariat avec le centre Shirika la Umoja. Pourtant, derrière ces chiffres, l’accès aux soins reste semé d’embûches, comme l’explique Alexandre Laouwayi, chef du programme au Nord-Kivu.

Un manque de techniciens qualifiés pour fabriquer les prothèses

Le premier obstacle est humain. La fabrication et l’ajustement des prothèses exigent des compétences pointues en orthoprothésie. Or, la région manque cruellement de techniciens formés. Sans eux, les délais s’allongent et la qualité de l’appareillage peut en pâtir. Pour y remédier, le CICR finance des bourses de formation. L’objectif est de constituer un vivier local de spécialistes capables de répondre à la demande croissante. Cette initiative vise à réduire la dépendance envers des experts extérieurs et à garantir une continuité des soins, même en période de crise.

Des problèmes de liquidités qui freinent les opérations

À cela s’ajoute une difficulté financière concrète : le manque de liquidités. Dans certaines zones du Nord-Kivu, l’absence de banques et les restrictions sur les transactions compliquent le paiement des fournitures et des salaires. Ces contraintes ralentissent l’ensemble de la chaîne de soins, depuis l’approvisionnement en matériaux jusqu’à la livraison des prothèses aux patients. Concrètement, un centre peut se retrouver dans l’incapacité d’acheter des composants essentiels, ce qui retarde la fabrication des appareils et prolonge l’attente pour les bénéficiaires. Cette situation illustre comment les obstacles financiers, loin d’être abstraits, ont un impact direct sur la santé et la mobilité des personnes amputées.

Quand les routes fermées isolent les blessés

La mobilité des bénéficiaires est un autre casse-tête. La fermeture régulière des axes routiers, souvent pour des raisons de sécurité, empêche de nombreuses personnes amputées de rejoindre les centres de Goma ou de Beni. Conséquence : des patients restent sans appareillage ou ne peuvent faire réparer leur prothèse usée. Pour atténuer ce problème, le CICR a renforcé sa présence à Beni, où les bénéficiaires peuvent désormais entretenir ou réparer leur équipement sur place, sans avoir à entreprendre un voyage risqué. Cette décentralisation des services est cruciale : elle permet de maintenir le lien entre le patient et le suivi orthopédique, évitant ainsi des complications liées à une prothèse mal ajustée ou détériorée.

Une prise en charge inclusive malgré les épidémies

Enfin, les épidémies et la fermeture des frontières perturbent l’approvisionnement en composants et la mobilité des équipes. Malgré ce contexte, le programme maintient une approche inclusive : il couvre aussi bien les civils que les militaires, les hommes, les femmes et les enfants. Environ 80 % des cas sont directement liés au conflit. Cette proportion rappelle que derrière chaque prothèse se trouve une personne dont la vie a été bouleversée par la violence armée, et pour qui retrouver la capacité de marcher ou de saisir un objet représente un pas essentiel vers la reconstruction. En offrant des soins gratuits et en s’adaptant aux réalités du terrain, le CICR et ses partenaires tentent de répondre à un besoin vital, tout en formant des professionnels locaux pour pérenniser cette aide.

Article Ecrit par Amissi G

Source: radiookapi.net

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