À Mambasa, en Ituri, la lutte contre les fausses informations entre dans une phase plus organisée. Après une formation de la MONUSCO, une soixantaine de leaders communautaires se sont engagés à vérifier davantage les messages qui circulent et à sensibiliser leurs communautés. L’enjeu est concret: dans un territoire déjà touché par l’insécurité liée aux rebelles ADF, une rumeur mal vérifiée peut accentuer la peur, compliquer la cohabitation et fragiliser la riposte contre l’épidémie d’Ebola.
La session s’est tenue à Mambasa-centre, sous l’organisation de la Section des communications stratégiques et de l’information publique de la MONUSCO. Elle a réuni des chefs coutumiers, des acteurs de la société civile, des délégués de la jeunesse et des agents de l’État. L’objectif était de comprendre comment naît la désinformation communautaire, comment elle se diffuse et pourquoi elle peut produire des effets très réels dans la vie quotidienne.
Pourquoi vérifier avant de relayer à Mambasa
Dans un contexte d’insécurité, l’information circule vite, souvent par messages, conversations ou annonces locales. Lorsqu’elle n’est pas vérifiée, elle peut provoquer des réactions fondées sur la peur plutôt que sur des faits établis. Les participants à la formation ont donc travaillé sur les mécanismes de la désinformation: reconnaître une rumeur, identifier une information douteuse et éviter de la transmettre avant confirmation.
Jeanne Harija, leader communautaire, a résumé l’enjeu en des termes directs: « Quand il y a désinformation, il y a risque de morts, ça augmente d’ailleurs l‘insécurité. Avec cette formation, ça va nous aider à chaque fois à vérifier l’information qu’on a reçue ». Son témoignage souligne un point pratique: la vérification n’est pas seulement une question de communication, elle devient un geste de prudence dans une zone où les violences des rebelles ADF pèsent déjà sur la population.
Ebola: rétablir la confiance autour des soins
La santé publique constitue l’autre volet important de cette mobilisation. À Mambasa, les fausses informations alimentent la méfiance envers les équipes médicales chargées de stopper l’épidémie d’Ebola. Dans une riposte sanitaire, cette confiance est essentielle: elle permet aux habitants d’écouter les consignes, de prendre des précautions et de ne pas rejeter les interventions médicales sur la base de rumeurs.
Omba Hemedi, président de la jeunesse du territoire de Mambasa, a appelé à ne pas se laisser guider par les récits non vérifiés autour de la maladie. Il a déclaré: « On dit que le virus Ebola, c’est du business. Or, on voit des gens mourir. Ce qui peut nous aider, nous ici à Mambasa, ce n’est pas de croire à toutes ces fausses informations, et aussi de prendre des précautions pour que le mal ne nous arrive pas ». Le message est simple: face à Ebola, croire une rumeur peut éloigner les habitants des mesures de protection.
Une vigilance locale portée par les jeunes
À l’issue de la formation, les participants ont retenu des actions concrètes. Ils se sont engagés à mener des campagnes de sensibilisation auprès des communautés, notamment pour encourager un rapport plus confiant avec les équipes sanitaires impliquées dans la riposte. Cette démarche vise à expliquer, écouter et corriger les informations erronées avant qu’elles ne s’installent durablement.
Les jeunes ont également proposé la création d’une brigade locale de lutte contre la désinformation. Ce réseau citoyen aurait pour rôle de repérer les fausses rumeurs et de contribuer, par une vigilance de proximité, à la restauration de la paix et au renforcement de la sécurité dans la région. Une telle initiative reste liée à l’engagement des acteurs locaux: chefs coutumiers, société civile, jeunesse et agents de l’État devront relayer des informations vérifiées et accessibles.
Un effort utile s’il reste proche des communautés
La formation organisée par la MONUSCO ne règle pas à elle seule les problèmes d’insécurité ou de méfiance sanitaire à Mambasa. Elle pose toutefois une méthode: ralentir la circulation des rumeurs, demander confirmation et expliquer les risques de manière compréhensible. Dans une zone confrontée à la fois aux violences des rebelles ADF et à l’épidémie d’Ebola, cette discipline de l’information peut aider les habitants à prendre des décisions plus prudentes.
Pour produire des effets, l’engagement annoncé devra rester proche des réalités locales. Les campagnes de sensibilisation et la brigade proposée par les jeunes seront surtout utiles si elles parlent aux familles, aux quartiers et aux villages avec des mots simples. À Mambasa, la lutte contre la désinformation communautaire devient ainsi un travail de terrain, entre sécurité, santé publique et responsabilité citoyenne.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
