L’aveu est cinglant. Interrogé ce samedi lors du Space live de Stanis Bujakera Tshiamala sur le montant total des fonds déjà dépensés, Mgr François Mwarabu a confirmé que l’Ouganda a d’ores et déjà versé 260 millions de dollars à la République démocratique du Congo, soit quatre tranches de 65 millions sur les cinq prévues par l’arrêt de la Cour Internationale de Justice. Une cinquième et dernière tranche de 65 millions est attendue en septembre 2026, pour atteindre le total de 325 millions ordonné par la CIJ. Pourtant, sur ces 260 millions reçus, l’ex-coordonnateur du FRIVAO reconnaît ne pas être en mesure de dire avec précision combien ont été effectivement dépensés. « Avec précision, non », a-t-il lâché, admettant être « pris à pied levé » par la question.
Des sorties traçables limitées à 37 millions de dollars
Les seules sorties traçables publiquement se limitent à 28 millions versés aux victimes, 9 millions dont il dit avoir eu connaissance à son arrivée, et 2,6 millions transférés au Ministère de la Justice sous l’ancienne ministre Rose Mutombo. Soit à peine 37 millions de dollars sur 260 millions reçus dont le sort est connu, laissant sans explication quelque 223 millions de dollars de sorties, dont une partie fait l’objet de poursuites judiciaires devant la Cour d’appel. Ce décompte partiel met en lumière l’ampleur des zones d’ombre dans la gestion du Fonds de réparation pour les victimes des activités armées de l’Ouganda (FRIVAO).
Un écart de 223 millions sous contrôle judiciaire
L’écart entre les fonds reçus et les dépenses documentées soulève des interrogations sur la gestion du FRIVAO. Mgr Mwarabu, qui a quitté ses fonctions, n’a pas fourni de ventilation détaillée des 223 millions de dollars restants. Une partie de ces fonds fait l’objet de procédures devant la Cour d’appel, sans que l’ancien coordonnateur n’apporte de précisions sur l’état d’avancement de ces dossiers. L’absence de traçabilité complète sur une somme aussi considérable fragilise la confiance dans le mécanisme de réparation ordonné par la CIJ.
Les victimes de Kisangani dans l’attente
Les victimes des conflits armés à Kisangani, pour lesquelles ces réparations ont été ordonnées, demeurent dans l’expectative. Le calendrier de versement de la dernière tranche par l’Ouganda, fixé à septembre 2026, ne garantit pas une indemnisation rapide, alors que la traçabilité des sommes déjà perçues reste lacunaire. La déclaration de Mgr Mwarabu, loin de clarifier la situation, renforce les incertitudes sur l’utilisation effective des fonds destinés à réparer les préjudices subis. Les 28 millions déjà versés aux victimes ne représentent qu’une fraction des montants perçus, et l’opacité entourant le solde alimente les frustrations légitimes des bénéficiaires.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
