Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema, siégeant en chambre foraine, a ouvert l’instruction ce jeudi 4 juin 2026 dans l’affaire impliquant la chanteuse Déborah Mulanga, alias Rebo Tchulo, et treize militaires. L’artiste est poursuivie pour incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi et à la discipline des Forces armées de la RDC, dans le cadre de l’interpellation d’un chauffeur soupçonné de vol. Les militaires, dont quatre en fuite, doivent répondre de torture, d’extorsion, de concussion et de violation des consignes.
Des charges lourdes rappelées à l’artiste
Dès l’ouverture des débats, la juridiction a rappelé à Rebo Tchulo la nature des charges retenues contre elle et les peines encourues, pouvant aller jusqu’à vingt ans de servitude pénale si les accusations sont confirmées. Ce rappel solennel, conforme à la procédure pénale militaire, vise à garantir que la prévenue mesure pleinement la portée des faits qui lui sont reprochés. Après avoir décliné son identité, la chanteuse a pris connaissance du déroulé de l’affaire, une étape préliminaire qui permet au tribunal de fixer le cadre des débats. Le tribunal s’est ensuite penché sur les circonstances de l’interpellation de Platini Sadisa, le chauffeur, et sur les violences qu’il affirme avoir subies.
Le récit de Platini Sadisa à la barre
À la barre, la victime présumée a livré sa version des faits. Platini Sadisa soutient avoir été arrêté et contraint, sous la pression, de reconnaître des accusations de vol qu’il conteste. Il évoque des violences, des déplacements forcés avec les militaires et des pressions répétées au cours de l’enquête. Selon son témoignage, une conversation téléphonique entre un officier et la chanteuse aurait eu lieu alors que la situation se dégradait. Il a rapporté avoir entendu le lieutenant appeler Rebo Tchulo en mains libres et lui dire que, malgré les tortures infligées pour obtenir des aveux, le garçon semblait innocent, et qu’il fallait aussi vérifier dans son équipe. D’après ce témoignage, la chanteuse aurait répondu que ce n’était pas son problème et que le chauffeur devait payer ses amendes. Ces propos, s’ils sont avérés, pourraient peser dans l’appréciation de l’incitation reprochée à l’artiste.
Une audience suspendue pour des raisons matérielles
Après l’audition d’une partie des militaires impliqués, le tribunal a suspendu l’audience en raison du manque de lumière sur le lieu de la comparution et du transfert des détenus vers la prison centrale de Makala. Cette suspension, dictée par des contraintes logistiques, illustre les difficultés pratiques auxquelles la justice militaire peut être confrontée lors des audiences foraines. L’affaire a été renvoyée au jeudi 11 juin 2026 à 11h00. La suite des débats devrait permettre d’entendre les autres prévenus et d’examiner plus avant les responsabilités dans cette affaire où se mêlent accusations de violences et implication d’une personnalité publique. Le tribunal devra notamment déterminer le rôle exact de la chanteuse dans l’enchaînement des faits et la nature des ordres donnés aux militaires.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Eventsrdc
