La décision est tombée comme un couperet. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a annoncé le 2 juin 2026 la suspension à titre conservatoire de toutes les activités minières à proximité du Parc national de la Maïko, dans le territoire de Lubutu, province du Maniema. Une mesure qui soulève une question essentielle : comment concilier exploitation des ressources et préservation d’un patrimoine naturel menacé ?
Des permis de recherche détournés
Selon le communiqué officiel, les sociétés Stone Mining SARLU et Xin Hong Kuan Ye SARL, titulaires de permis de recherche, sont accusées d’« utilisation abusive des permis de recherche ». Les services techniques des ministères des Mines et de l’Environnement ont constaté que ces entreprises menaient des activités assimilables à de l’exploitation minière, en violation du Code et du Règlement minier en vigueur en RDC. Une pratique qui contourne les garde-fous légaux et expose les écosystèmes fragiles à des pressions non contrôlées. Cette suspension, bien que conservatoire, met en lumière les failles dans le suivi des titres miniers. Les permis de recherche, conçus pour des études préliminaires, sont détournés en exploitation directe, privant l’État de redevances et les communautés locales de retombées potentielles. La législation sur la conservation de la nature a également été violée, selon les constats officiels, ce qui aggrave la situation juridique des opérateurs.
La Maïko, un sanctuaire sous pression
Le Parc national de la Maïko est menacé par l’exploitation de l’or, du diamant et de la cassitérite. Un carré minier y est déjà en exploitation, et des sources au sein du parc indiquent que des opérateurs chinois ont ciblé une étendue équivalente à huit carrés miniers pour une exploitation future à l’intérieur même de l’aire protégée. La suspension actuelle vise à « préserver les ressources naturelles et les aires protégées », mais elle intervient dans un contexte où la pression sur ce sanctuaire ne cesse de croître. Pour les citoyens congolais, la Maïko représente un patrimoine écologique irremplaçable, mais aussi un enjeu économique. L’exploitation illégale prive les communautés riveraines de bénéfices durables et menace la biodiversité. La décision du ministre répond aux signalements de l’ICCN, mais elle souligne l’urgence d’une action coordonnée pour empêcher que des zones protégées ne deviennent des zones de non-droit minier.
Des acteurs armés dans le jeu minier
Le gouvernement évoque également « l’intrusion d’individus armés non autrement identifiés » dans les périmètres couverts par les permis de recherche. Il s’agit des Maï-Maï Simba, qui sécurisent les exploitants chinois. Cette présence armée ajoute une dimension sécuritaire à un dossier déjà complexe, et interroge sur la capacité de l’État à faire respecter la loi dans des zones reculées où les intérêts économiques se heurtent à la souveraineté nationale. Les populations locales se retrouvent prises entre des groupes armés, des exploitants étrangers et des autorités lointaines. La suspension des activités minières pourrait apaiser les tensions, mais elle ne résout pas la question de fond : comment désarmer l’économie minière illégale sans offrir d’alternatives aux communautés ? La mission interministérielle annoncée devra évaluer cette réalité sécuritaire et proposer des mesures qui protègent à la fois les citoyens et les ressources.
Une mission pour évaluer l’ampleur des dégâts
Face à ces constats, une mission conjointe regroupant les ministères de l’Intérieur, de la Défense, de l’Environnement et des Mines sera déployée dans les prochains jours. Son objectif : évaluer la situation sur le terrain et proposer des mesures appropriées. Pour les communautés riveraines, cette mission est un test de crédibilité. La suspension conservatoire sera-t-elle suivie d’actions concrètes ou restera-t-elle un simple affichage politique ? La réponse déterminera si l’État peut reprendre le contrôle de ses aires protégées et garantir que les ressources profitent au développement local plutôt qu’à des réseaux opaques. En attendant, la Maïko reste sous haute surveillance, et les citoyens observent.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
