Dans la province de l’Ituri, le combat contre la maladie à virus Ebola connaît des lueurs d’espoir, mais les acteurs de la société civile et les confessions religieuses tirent la sonnette d’alarme sur les fragilités persistantes de la riposte. Ce dimanche 31 mai, au Centre Médical Évangélique (CME) de Bunia, quatre patients ont été officiellement déclarés guéris. Muni de leurs certificats, ils ont quitté le centre sous les applaudissements des soignants. Un événement salué comme une avancée significative, mais qui cache une réalité plus complexe.
Pour la coordination de la société civile de l’Ituri, ces guérisons constituent un signal fort. Elles démontrent que malgré les conditions difficiles, les équipes médicales parviennent à sauver des vies. Dieudonné Lossa, coordonnateur de la société civile de l’Ituri, parle d’un « pas vers la victoire sur la maladie ». Mais il tempère immédiatement : « l’échantillon reste faible ». Et d’ajouter une préoccupation majeure : « Nous voulons aussi attirer l’attention sur la faible couverture logistique de la riposte dans l’ensemble de l’Ituri. »
Cette inquiétude n’est pas isolée. Les confessions religieuses partagent le même constat. Pour elles, les guérisons des derniers jours contribuent à instaurer un climat de confiance entre les communautés et les professionnels de santé. Le pasteur Ignace Bingi, responsable religieux à Bunia, estime que ces succès démontrent que les structures sanitaires possèdent les compétences nécessaires. « Ils méritent un soutien accru de la part de tous les acteurs », a-t-il martelé. Dans une région où les rumeurs et les fausses informations circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux, ces guérisons sont une arme redoutable contre la désinformation.
Pourtant, le manque de moyens logistiques continue de freiner l’efficacité des interventions. Dans certaines localités reculées, les équipes de riposte peinent à accéder aux populations, à acheminer le matériel de protection ou à assurer un suivi rigoureux des contacts. Cette limitation, selon la société civile, favorise la propagation silencieuse du virus. « On ne peut pas gagner cette bataille avec les mains liées », se désolent plusieurs acteurs de terrain qui réclament un appui conséquent des autorités provinciales et des partenaires internationaux.
Un autre message fort porté par les activistes des droits humains et les responsables sociopolitiques est celui de la transformation des survivants en ambassadeurs de la sensibilisation. Leurs témoignages directs peuvent briser les tabous, dissiper les peurs et encourager les populations à recourir rapidement aux soins en cas de symptômes suspects. Dans une province marquée par des années de conflits et une défiance vis-à-vis des institutions, ces voix sont précieuses pour restaurer un lien indispensable.
Depuis le début de l’épidémie, l’Ituri a été confrontée à des défis multiples : insécurité, réticences communautaires, infrastructures sanitaires précaires. Chaque guérison est une victoire sur la peur, mais chaque nouveau cas rappelle l’urgence d’une réponse collective et coordonnée. La société civile et les confessions religieuses, en première ligne aux côtés des populations, ne cessent de rappeler que la riposte ne doit pas être uniquement médicale. Elle doit être communautaire, logistique et humaine.
Alors que les équipes soignantes redoublent d’efforts, l’appel à la mobilisation lancé ce lundi à Bunia résonne comme un cri du cœur. Il s’adresse aux autorités, aux partenaires techniques et financiers, mais aussi à chaque citoyen de l’Ituri. L’enjeu est de consolider les progrès accomplis et d’accélérer une lutte que personne ne peut mener seul. Car derrière les chiffres, ce sont des vies qui se jouent, des familles qui espèrent, et une province qui aspire à voir le bout du tunnel.
En attendant, les quatre survivants de Bunia sont rentrés chez eux, porteurs d’un message d’espoir. Leur parcours prouve que l’on peut vaincre Ebola, à condition de disposer des moyens adéquats et de la confiance de tous. Le chemin est encore long, mais chaque pas compte.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
