Le siège de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Tshisekedi) a vibré, ce dimanche 17 mai 2026, au rythme d’une ferveur militante qui n’avait rien de fortuit. Devant des cadres convoqués pour une « matinée politique », le secrétaire général Augustin Kabuya a dévoilé une feuille de route sans équivoque : la réforme constitutionnelle en RDC ne sera plus un serpent de mer. Le parti présidentiel, à deux ans de l’échéance électorale de 2028, entend métamorphoser l’architecture juridique du pays en invoquant un héritage aussi lourd que symbolique : les travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992.
Ce n’est pas un simple raccourci rhétorique. En affirmant que le futur texte fondamental devra s’adosser aux acquis de la CNS, Augustin Kabuya place le débat sur le changement constitutionnel sous le signe des martyrs du 16 février 1992 et de la figure tutélaire de Laurent Monsengwo Pasinya. Une manière habile de rendre la contestation moralement difficile : qui oserait s’opposer à la mémoire des démocrates tombés pour la réouverture de cette conférence ? L’argument, développé en réponse aux critiques émanant de prélats comme Fridolin Ambongo ou Donatien Nshole, est d’une efficacité redoutable. « Les travaux de la Conférence nationale souveraine étaient dirigés par Monseigneur Monsengwo. Nous ne pouvons pas cracher sur la mémoire de Monsengwo et de tous nos martyrs », a martelé le député de Mont-Amba.
Derrière cette stratégie de légitimation historique, c’est l’avenir politique du président Félix Tshisekedi qui se dessine en filigrane. Le chef de l’État, lors de la Journée de la liberté de la presse en mai 2026, a déjà laissé entendre qu’un troisième mandat ne serait pas tabou « si le peuple le veut » et qu’une consultation référendaire pourrait trancher. La sortie de Kabuya en est le prolongement opérationnel. Depuis octobre 2024, une note circulaire avait initié la consultation interne ; les États généraux de Nganda Yala en décembre ont verrouillé les résolutions. Aujourd’hui, la machine est lancée, et la réforme constitutionnelle RDC devient le point de convergence des ambitions du pouvoir.
Pour l’UDPS Tshisekedi, l’équation est simple : changer la Constitution revient à honorer une promesse historique, le parti ayant toujours considéré le texte de 2006 comme illégitime. Mais cette réécriture pourrait aussi effacer le verrou de la limitation des mandats. Dans un pays où la mémoire de la transition démocratique reste un ciment national, la convocation de la Conférence nationale souveraine permet de transformer une manœuvre potentiellement controversée en un hommage aux pères fondateurs de la démocratie. L’ironie de la manœuvre n’échappera pas aux observateurs avertis : le parti au pouvoir se réclame de l’esprit de 1992 pour justifier un changement de règles du jeu, quitte à instrumentaliser le passé.
La prudence des autorités religieuses, pourtant promptes à dénoncer les dérives autoritaires, se trouve désarmée par l’enrôlement posthume de Monsengwo. La ficelle est grosse, mais politiquement payante. En ressuscitant la CNS, l’UDPS neutralise une partie de l’opposition morale tout en se donnant des allures de gardien de l’orthodoxie démocratique. Reste à savoir si le peuple, qu’on promet de consulter par voie de référendum, se laissera convaincre par ce tour de passe-passe historique. La conférence nationale souveraine de 1992 devait accoucher d’une Constitution pour la IIIe République ; elle n’avait jamais été promulguée. Trente-quatre ans plus tard, son fantôme pourrait bien servir à clore un cycle — et en ouvrir un autre, bien plus incertain pour l’alternance politique en République démocratique du Congo.
Le débat constitutionnel entre ainsi dans une phase crispée, où la charge émotionnelle le dispute aux calculs politiques. Alors que les élections de 2028 approchent, la question n’est plus de savoir si le changement constitutionnel aura lieu, mais à quelles conditions et au prix de quelles fractures. Le parti présidentiel a choisi son narratif : honorer les martyrs, actualiser les travaux de la CNS, réviser la loi fondamentale pour l’adapter aux réalités actuelles. La rhétorique est rodée. Reste à connaître la réponse des forces sociales, des Églises et de la communauté internationale, qui pourraient bien ne pas se satisfaire d’un simple hommage aux disparus pour avaliser une refonte en profondeur du pacte républicain.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
