AccueilActualitéPolitiqueUDPS : les martyrs de 1992, alibi constitutionnel

UDPS : les martyrs de 1992, alibi constitutionnel

À deux ans de la fin théorique du second mandat de Félix Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) lève le voile sur son agenda constitutionnel. Dimanche 17 mai 2026, lors d’une matinée politique au siège du parti, le secrétaire général Augustin Kabuya a articulé une stratégie en deux temps : faire du projet de Constitution de 1992 la matrice d’une réforme constitutionnelle, et en appeler à la mémoire des martyrs du 16 février 1992 pour légitimer cette refonte.

« Pour honorer leurs mémoires, il fallait prendre le projet rédigé déjà pour actualiser ça en rapport avec le contexte actuel », a déclaré le député national élu de Mont-Amba. Cette invocation des « martyrs » de la Conférence nationale souveraine (CNS) n’a rien d’anodin : elle vise à conférer une onction historique à une entreprise que beaucoup soupçonnent de n’être qu’un habillage pour permettre au chef de l’État de briguer un troisième mandat.

Par un habile tour de passe-passe mémoriel, le secrétaire général de l’UDPS a également répondu aux critiques des responsables catholiques Fridolin Ambongo et Donatien Nshole, en rappelant que la CNS de 1992 avait été présidée par Monseigneur Laurent Monsengwo. « Nous ne pouvons pas cracher sur la mémoire de Mosengo et de tous nos Martyrs », a-t-il lancé, rejetant ainsi toute opposition ecclésiale. Cette déférence sélective envers l’Église, qui érige un prélat défunt en caution posthume tout en contestant les voix contemporaines, illustre la Centralité du religieux dans le jeu politique congolais.

Augustin Kabuya a en outre déroulé la chronologie d’une initiative qui ne date pas d’hier. Dès octobre 2024, une note circulaire avait été adressée aux structures du parti dans les 145 territoires et les 26 chefs-lieux de province pour ouvrir le débat. Les états généraux de l’UDPS, tenus en décembre 2024 à Nganda Yala, ont ensuite validé des résolutions en faveur du changement constitutionnel. « Ce n’est plus quelque chose à cacher, l’UDPS ouvre la route », a-t-il martelé, affichant une détermination qui tranche avec la prudence feutrée d’il y a quelques mois.

Cette nouvelle transparence fait écho aux propos tenus par Félix Tshisekedi lui-même à l’occasion de la Journée de la liberté de la presse. Le président statutaire de l’UDPS s’est dit prêt à briguer un troisième mandat « si le peuple le veut », tout en insistant sur la nécessité qu’une réforme constitutionnelle passe par un référendum. Il a rappelé la position historique de son parti : « En 2006, l’UDPS avait dit que si elle arrivait au pouvoir, cette Constitution serait changée. » En liant ainsi le destin de la loi fondamentale à une consultation populaire, le chef de l’État externalise le risque politique : à l’échec d’un référendum, c’est le peuple qui aura tranché ; à son succès, la voie sera libre pour une présidence sans limite de mandat.

Le président joue gros avec cette réforme, dont l’échec pourrait fragiliser durablement sa majorité parlementaire et exacerber les fractures au sein de la classe politique. La manœuvre, habilement enrobée du souvenir des combats démocratiques des années 1990, interroge : la mémoire des martyrs de la CNS deviendra-t-elle le marchepied d’une tentation autoritaire, ou le catalyseur d’un sursaut citoyen ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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