Dans une volte-face politique aux allures de renoncement calculé, le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, a officiellement jeté l’éponge ce jeudi 21 mai 2026. Par une lettre adressée au Président Félix Tshisekedi, l’ancien homme fort de Lubumbashi annonce qu’il quitte ses fonctions, clôturant ainsi un feuilleton de près d’un an marqué par une absence prolongée de sa province. La missive, dont Congoquotidien.com a obtenu la teneur, évoque des « raisons professionnelles et institutionnelles » ayant requis sa présence continue à Kinshasa, avant de lâcher une formule qui en dit long : « J’ai tiré toutes les conséquences politiques et administratives de cette situation. »
Cette séquence illustre avec une rare acuité les paradoxes de la gouvernance territoriale sous la Cinquième République. Rappelé à Kinshasa dès juillet 2025 sur instruction du vice-Premier ministre de l’Intérieur pour de simples « consultations », Jacques Kyabula n’a jamais été autorisé à regagner le Haut-Katanga. Une rétention déguisée qui a transformé l’exécutif provincial en navire sans capitaine, l’intérim étant confié au vice-gouverneur Martin Kazembe. Comment administrer une province aussi stratégique, riche de ses ressources minières et traversée par des tensions sécuritaires, par procuration ? La question a taraudé l’opinion pendant des mois, tandis que le principal intéressé s’efforçait de maintenir un semblant de normalité institutionnelle depuis la capitale.
Le parti de Jacques Kyabula, Vent d’Avenir, avait déjà haussé le ton lors d’une conférence de presse à Lubumbashi le 9 février 2026, qualifiant cette absence prolongée de « violation de la loi ». Pourtant, le gouverneur démissionnaire choisit aujourd’hui une posture de loyauté indéfectible, se déclarant « profondément attaché à la vision de stabilité, de paix et de développement » incarnée par le chef de l’État. Un exercice d’équilibre rhétorique qui permet de quitter la scène sans brûler les ponts, mais qui ne dissipe pas le malaise. Car la démission politique en RDC prend souvent des airs de mise à l’écart à peine voilée, surtout quand elle intervient après un long séjour forcé dans l’antichambre du pouvoir central.
La lettre de Kyabula à Tshisekedi cache-t-elle un marchandage plus large ? Rien dans le texte ne le suggère, mais l’histoire récente de la République démocratique du Congo enseigne que les gouverneurs « convoqués pour consultation » finissent rarement par retrouver leur fauteuil. L’ancien homme fort du Haut-Katanga n’est ni le premier ni le dernier à expérimenter cette mécanique feutrée. En coulisses, certains murmurent que son repositionnement pourrait préparer un retour dans l’arène nationale, à l’approche d’échéances électorales où chaque poids lourd régional se doit d’exister.
Pour le Haut-Katanga, cette démission du gouverneur Jacques Kyabula ouvre une période d’incertitude administrative. L’intérim exercé par le vice-gouverneur Martin Kazembe, bien que conforme à la Constitution, manque de l’assise politique nécessaire pour engager des réformes de fond. La province, poumon économique du pays, voit ainsi sa gouvernance fragilisée au moment où les investisseurs scrutent la stabilité de la région. Le président Tshisekedi joue gros : s’il ne nomme pas rapidement un successeur légitime, le vide pourrait nourrir des rivalités locales qui n’attendent qu’un faux pas pour s’embraser.
En réitérant sa loyauté au « visionnaire de la paix et du développement », Jacques Kyabula referme un chapitre avec une élégance toute politique. Reste que cette démission, si polie soit-elle, sonne comme un aveu d’impuissance face à un centralisme qui continue de verrouiller les équilibres provinciaux. L’actualité du Haut-Katanga prouve une fois encore qu’en RDC, la distance entre Kinshasa et le reste du territoire ne se mesure pas seulement en kilomètres.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
