À Kananga, dans l’ombre des ruelles poussiéreuses du Kasaï-Central, une mère cache encore son enfant aux premiers rayons du soleil. Non par crainte de la chaleur, mais pour le soustraire aux regards hostiles, aux murmures qui font de son albinisme une malédiction. Combien de familles vivent ce martyre silencieux, broyées par des siècles de superstitions ? Ce mardi 19 mai, un vent d’espoir a pourtant soufflé sur la province. L’Assemblée provinciale de Kananga a déclaré recevable une proposition d’édit inédite, entièrement dédiée à la protection et à la promotion des droits des personnes atteintes d’albinisme.
La nouvelle a rapidement fait le tour des quartiers. Pour des milliers de Congolais vivant avec cette particularité génétique, ce texte pourrait bien représenter le premier rempart juridique local contre une exclusion profondément enracinée. L’initiative revient au député provincial Joseph Nkashama, qui a longuement martelé l’urgence d’agir. « Les coutumes rétrogrades, la méfiance et la discrimination sont autant de maux auxquels les personnes vivant avec albinisme sont confrontées chaque jour », a-t-il déclaré lors des débats, le regard grave. « Nous avons enfin compris qu’elles naissent en dignité et en droit, comme tous les autres humains. »
Ce cri du cœur fait écho à une réalité que les statistiques peinent à saisir, mais que les récits de vie révèlent avec fracas. Dans plusieurs villages du Kasaï-Central, l’albinisme est encore perçu comme un signe de malédiction ou un objet de convoitise pour des pratiques occultes. Des adultes sont exclus des instances de décision, des enfants écartés des bancs de l’école, des femmes marginalisées lors des activités communautaires. La proposition d’édit entend justement renforcer les textes nationaux et internationaux déjà existants en matière de protection des albinos en RDC, en leur offrant une traduction concrète au niveau provincial.
Pour Étienne Tshisekedi, président de l’Association nationale des personnes vivant avec albinisme au Kasaï-Central, cette avancée redonne un souffle à un combat trop souvent invisibilisé. « J’ai vraiment apprécié cette initiative, qui fait que les droits des personnes atteintes d’albinisme soient vraiment respectés dans la province », confie-t-il avec une émotion mal contenue. Son association, qui recense des centaines de cas de discriminations, voit dans l’édit albinisme Kasaï-Central un outil pour briser le cycle du mépris et exiger des comptes.
Mais le chemin reste semé d’embûches. La proposition de loi sur l’albinisme a été renvoyée à la commission socioculturelle pour un examen approfondi. Des experts devront vérifier sa conformité avec la législation nationale, tandis que certains élus, réticents, pourraient freiner son adoption. « Il ne suffit pas d’écrire une loi, il faut aussi changer les mentalités », glisse un habitant de Kananga, dubitatif. La peur de l’autre corps, de la peau trop pâle qui absorbe le soleil différemment, ne disparaît pas par décret.
Pourtant, l’Assemblée provinciale de Kananga a posé un geste fort. En déclarant recevable ce texte, elle reconnaît que les albinos ne sont pas des citoyens de seconde zone et que leurs droits doivent être protégés. Les prochains mois diront si la mobilisation citoyenne et l’engagement des autorités permettront d’accoucher d’une loi véritablement protectrice. Pour l’heure, une question brûle toutes les lèvres : ce sursaut politique suffira-t-il à déchirer le voile de l’indifférence ou ne sera-t-il qu’une énième promesse oubliée au fond d’un tiroir ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
