Plus de 12 000 kilomètres carrés de titres miniers — un espace équivalant à une fois et demie la ville de Kinshasa — viennent d’être brutalement retirés du cadastre minier congolais. Le coup de balai, annoncé par le Cadastre Minier (CAMI) le 14 mai 2026, frappe les sociétés Acacia et Kwango Mines, dont les 90 permis ont été déclarés en déchéance pour non-paiement des droits superficiaires annuels. L’opération, d’une ampleur rare, résonne comme un avertissement dans le vaste chantier d’assainissement minier engagé depuis 2023.
Au total, Kwango Mines détenait 47 titres couvrant 5 282,5 km², tandis que son pendant Acacia en contrôlait 43 sur 7 485 km². L’ensemble dessine un corridor minier traversant cinq provinces stratégiques — Kwango, Kwilu, Maï-Ndombe, Kongo Central et Kasaï — avec des substances aussi diverses que l’or, le diamant et la bauxite. Des périmètres qui, jusqu’ici, dormaient dans les limbes du cadastre sans générer les retombées fiscales ni l’activité attendues par le Code minier.
Pour le CAMI, c’est la suite logique d’une purge méthodique du fichier national. Après un ultime avertissement le 16 avril dernier, accordant 45 jours aux opérateurs défaillants pour justifier leurs paiements, la sanction est tombée. Cette déchéance de permis miniers s’inscrit dans une tendance lourde : en trois ans, plus de 50 000 km² de titres ont été récupérés grâce à des contrôles croisés entre régularité administrative, respect des obligations légales et délais de mise en exploitation. L’objectif affiché est limpide : libérer ces emprises pour attirer de nouveaux investisseurs, plus prompts à transformer le potentiel géologique en création de valeur.
Seulement voilà, le dossier ne se réduit pas à une simple équation comptable. Les noms d’Acacia et de Kwango Mines ressuscitent les fantômes d’un capitalisme politique ancien. Plusieurs enquêtes, dont celle du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) en 2017, avaient déjà pointé les liens de ces entités avec le réseau de l’ancien président Joseph Kabila et sa sœur jumelle Jaynet Kabila. Aujourd’hui, les documents consultés ne permettent pas d’établir publiquement la structure de propriété actuelle des deux sociétés. Mais cette zone grise entoure d’un voile de suspicion une décision qui, par ailleurs, renforce la crédibilité du cadastre minier RDC.
Faut-il y voir un simple exercice d’assainissement administratif ou le symbole d’une redistribution des cartes minières ? L’avenir le dira. Une chose est sûre : en asséchant les niches de rentes dormantes, le CamI envoie un message aux opérateurs historiques comme aux nouveaux entrants. Le sous-sol congolais, lui, ne patientera plus. La transparence du cadastre minier RDC devient la clef de voûte pour transformer ces 12 000 km² récupérés en véritables moteurs de croissance.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
