Le verdict est tombé tel un couperet, vendredi 15 mai, dans la salle d’audience du tribunal militaire de garnison de Kisangani. Cinquante-huit militaires du 3 415ᵉ régiment des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont été condamnés à trois ans de servitude pénale principale. Leur crime ? Indiscipline caractérisée, rébellion et dissipation de munitions de guerre. Une condamnation massive qui vient rappeler, avec une rigueur implacable, les exigences de la discipline au sein de l’armée congolaise.
Les faits remontent à plusieurs semaines, dans le territoire de Walikale, province du Nord-Kivu. Ces soldats, déployés dans une zone stratégique de l’Est du pays, se sont livrés à des actes de défiance envers leur hiérarchie, allant jusqu’à dilapider un stock de munitions militaires. L’indiscipline avait atteint un tel degré que les autorités ont décidé de les interpeller et de les transférer sous haute sécurité à Kisangani, loin de leur base opérationnelle, pour y être jugés. Le procès, ouvert devant le tribunal militaire de garnison, a focalisé l’attention de la population locale, tant la question de l’ordre au sein des troupes est sensible en République démocratique du Congo.
Le ministère public, représenté par l’auditeur militaire, avait requis des peines exemplaires, dénonçant une « gangrène » qui menace la cohésion des unités combattantes. Face à lui, quatre-vingt-quatre prévenus comparaissaient. Certains ont nié les charges, d’autres ont plaidé la confusion ou la contrainte. Mais pour le tribunal, les preuves étaient accablantes. Dans son délibéré, la juridiction a estimé que la procédure de flagrance était applicable pour la majorité des mis en cause, à l’exception de dix d’entre eux. Ces derniers ont vu le tribunal se déclarer non saisi, une décision technique qui signifie que les conditions de la flagrance n’étaient pas réunies à leur égard. Une nuance juridique qui soulève des interrogations : pourquoi ces dix militaires ont-ils échappé aux poursuites alors que les autres étaient condamnés ? Le tribunal n’a pas motivé cette distinction dans le détail, mais il est probable que leur implication fût moins directe ou que les éléments matériels manquaient.
Outre l’emprisonnement, chaque condamné devra s’acquitter d’une amende de 300 000 francs congolais (environ 150 dollars américains) au titre des frais de justice. Une somme non négligeable dans un pays où le salaire d’un soldat reste souvent dérisoire. Ce verdict militaires Walikale marque ainsi une double peine, privative de liberté et financière, destinée à marquer les esprits. Seize autres militaires, en revanche, ont été purement et simplement acquittés, faute de preuves suffisantes. Le tribunal a ainsi fait œuvre de discernement, évitant une condamnation collective aveugle.
Cette affaire illustre crûment les défis auxquels fait face l’armée congolaise. L’indiscipline armée congolaise n’est pas un phénomène nouveau, mais sa persistance dans les zones de conflit mine la crédibilité des institutions. Comment des hommes en armes peuvent-ils se retourner contre l’autorité qui les commande ? Qu’est-ce qui motive une unité à gaspiller délibérément des munitions destinées à la défense du territoire ? Ces questions restent en suspens, mais le message envoyé par le tribunal est clair : la rébellion armée RDC ne sera pas tolérée, même dans ses propres rangs. La condamnation militaires FARDC par la justice militaire de Kisangani constitue un précédent qui, espèrent les observateurs, dissuadera d’autres dérives.
Reste à savoir si cette sévérité suffira à endiguer le mal. Les cas d’indiscipline se multiplient dans plusieurs régiments, alimentés par des arriérés de solde, un commandement parfois défaillant et l’impunité ambiante. Le verdict, aussi lourd soit-il, n’effacera pas les causes profondes de la grogne. Mais il aura au moins le mérite de rappeler que la justice militaire peut frapper, et durement. À Kisangani, la population a suivi ce procès avec une attention particulière, y voyant un test de la volonté des autorités à assainir l’armée. La décision, en condamnant plus de la moitié des prévenus, semble lui donner raison. Pour les 58 soldats, c’est le début d’une longue incarcération. Pour les FARDC, c’est une piqûre de rappel : l’uniforme ne protège plus.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
