Comment une simple cérémonie funèbre a-t-elle pu relancer l’épidémie d’Ebola en Ituri ? Dans les rues de Bunia, les réponses se dessinent en gestes de protection. Le 24 avril dernier, un infirmier de la ville décédait d’une maladie non encore identifiée. Son corps a été ramené dans la zone de santé de Mongwalu. Là, lors des rites funéraires, proches et membres de la communauté l’ont touché, persuadés d’une « maladie mystique ». Résultat : le virus s’est propagé comme une trainée de poudre. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, l’a confirmé : cette 17ᵉ flambée d’Ebola, due à la souche Bundibugyo, a explosé à partir de ces contacts ayant enfreint les règles sanitaires de base.
En déambulant dans Bunia aujourd’hui, le visiteur découvre un décor contrasté. D’un côté, des citoyens comme David Angwezu, croisé dans une pharmacie du centre-ville, qui achète des masques « pour la protection de sa famille ». Il résume l’état d’esprit naissant : « Chaque jour, nous sommes en contact avec beaucoup de personnes. Porter un masque est déjà une mesure de prévention importante. » On voit aussi des habitants arborer des cache-nez et transporter des flacons de désinfection. Une révolution silencieuse face à une maladie qui se transmet par les fluides corporels : sang, salive, sueur, vomissements. Le virus Ebola est comme un ennemi invisible qui s’accroche au moindre contact humide, rendant les précautions vitales.
Pourtant, tout le monde n’a pas encore pris la pleine mesure du danger. Nombreux poursuivent leurs activités sans crainte réelle, offrant un boulevard à la contagion. Une négligence qui rappelle que la réponse à une épidémie RDC ne se limite pas aux hôpitaux. La maladie à virus Ebola débute souvent par une fièvre brutale, des maux de tête et des courbatures, comme une grippe banale. Mais en quelques jours, elle peut entraîner des hémorragies. Sans une détection précoce et l’isolement immédiat, l’entourage familial devient la première victime.
Les équipes spécialisées dépêchées par le ministère sont déjà à pied d’œuvre. Elles sillonnent les zones à risque pour casser la chaîne de transmission. Pourtant, un obstacle de taille se dresse : l’insécurité. La route menant à Mambasa, épicentre de cette flambée, est infestée de groupes armés. « Cela complique la surveillance et la prise en charge », admet Roger Kamba tout en affichant une confiance forgée par l’expérience : « Nous avons l’habitude de travailler dans des zones difficiles et je crois qu’on va y arriver. » Une détermination qui repose aussi sur la population.
Que faire, concrètement, pour protéger Bunia et toute l’Ituri ? Les mesures barrières se résument à des réflexes simples mais salvateurs. Se laver régulièrement les mains à l’eau propre et au savon ou avec une solution hydroalcoolique, comme ces flacons aperçus dans les sacs des Buniais prévoyants. Éviter tout contact avec les malades, et surtout avec leurs liquides biologiques. Ne pas manipuler un corps sans équipement de protection, même si les croyances locales y incitent. Enfin, signaler immédiatement tout cas suspect aux autorités sanitaires. Ces gestes, appliqués avec rigueur, peuvent étouffer le virus avant qu’il ne se répande.
En attendant, le défi est immense. L’histoire montre qu’Ebola s’éteint quand les communautés adoptent les comportements adéquats. Le port du masque à Bunia est un premier pas encourageant. Mais il reste un long chemin pour convaincre tous les Ituriens que la prévention est leur arme la plus sûre. La lutte contre cette épidémie RDC ne se gagnera que par une mobilisation collective, où chaque citoyen devient un rempart vivant.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
