AccueilActualitéPolitiquePétitions Maniema : réintégration sélective, crise en sourdine

Pétitions Maniema : réintégration sélective, crise en sourdine

Le vendredi 15 mai 2026, l’Assemblée provinciale du Maniema a connu un épisode déterminant dans la crise qui la secoue depuis plusieurs semaines. Le bureau d’âge, installé la veille, a procédé au vote des pétitions déposées contre les cinq membres du bureau sortant. À l’issue d’une plénière expéditive, trois d’entre eux – le vice-président, le rapporteur et le rapporteur adjoint – ont vu les accusations rejetées et ont été autorisés à réintégrer leurs fonctions.

Le président du bureau d’âge, visiblement satisfait, a déclaré : « Nous venons de clôturer la plénière, la toute première séance qu’a organisée le bureau d’âge. Aujourd’hui, il était question de débattre des pétitions contre les cinq membres du bureau. Parmi ces cinq accusés, trois députés sont venus répondre et se justifier par rapport aux allégations qui leur étaient imputées. » Après délibération, la plénière a, selon lui, « rejeté en bloc toutes ces pétitions », permettant aux concernés de retrouver leur siège.

Cette réintégration partielle laisse toutefois deux absents de marque : le président de l’Assemblée et le questeur, qui ne se sont pas présentés devant le bureau d’âge. Leur sort n’a pas été tranché, et les pétitions à leur encontre demeurent en suspens. Le bureau d’âge, arguant que le vice-président réintégré peut désormais présider les séances plénières, a aussitôt déclaré sa mission terminée et procédé à une remise de pouvoir. « Étant donné que parmi les trois qui ont réintégré leurs postes nous avons un vice-président, qui a la compétence de diriger la plénière, je pense que la mission du bureau d’âge a été clôturée et nous avons remis le pouvoir aux ayants droit », a expliqué son président.

L’empressement à dissoudre le bureau d’âge interroge. S’agit-il d’une manœuvre politique destinée à conforter une majorité chancelante ? La réintégration sélective du vice-président, du rapporteur et du rapporteur adjoint, tout en laissant en jachère les dossiers du président et du questeur, rappelle les subtils équilibres des institutions provinciales congolaises. Le bureau d’âge, pourtant organe transitoire impartial, semble avoir joué un rôle d’accélérateur d’une recomposition des pouvoirs.

Les pétitions Maniema avaient cristallisé les tensions entre les députés provinciaux. Si leur contenu n’a pas été rendu public, la rumeur évoque des accusations de mauvaise gestion, d’abus de pouvoir et de blocages institutionnels. En rejetant celles visant trois membres, l’Assemblée envoie un signal : la majorité tient bon, mais à quel prix ? La mise à l’écart implicite du président et du questeur, sans qu’ils aient pu se défendre, ressemble à un procédé expéditif qui pourrait rallumer la crise politique Maniema.

Le vote bureau d’âge, par son caractère expéditif, a évité un blocage complet de l’institution, mais il lègue une Assemblée au fonctionnement boiteux. Le vice-président, désormais aux commandes, devra composer avec une opposition qui dénonce déjà un « coup de force institutionnel ». La réintégration députés Maniema obtenue vendredi n’est peut-être qu’une victoire à la Pyrrhus : elle consolide un camp, mais fracture durablement l’organe législatif provincial.

Dans les couloirs de l’Assemblée provinciale Maniema, les langues se délient. Certains élus craignent que l’absence de décision sur les deux postes clés ne serve de prétexte à des contestations futures. D’autres saluent la levée de l’hypothèque qui pesait sur la tenue des sessions. Une chose est sûre : la ficelle politique est grosse, et personne n’est dupe. La manœuvre a permis de relancer la machine, mais en empruntant un raccourci qui laisse des plaies ouvertes.

La crise institutionnelle au Maniema est-elle vraiment derrière nous, ou ne fait-elle que changer de visage ? La réponse viendra sans doute des prochaines séances plénières, si elles parviennent à se tenir sous la houlette d’un bureau amputé de sa tête. En attendant, la province observe, entre espoir de stabilité et crainte d’un pourrissement.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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