À Mikalayi, chaque goutte de pluie est désormais une menace. Les sols se déchirent, les maisons vacillent, et des familles entières fuient devant l’avancée inexorable des ravins. Dans cette cité du Kasaï Central, l’érosion est devenue une urgence absolue, une catastrophe au ralenti qui, saison après saison, grignote le territoire et pousse les habitants au désespoir.
Les quartiers Kalengayi et Kanda Kanda, ainsi que les abords de l’hôpital général, sont les plus touchés. « À chaque pluie, la situation s’aggrave », alertent les résidents, qui ont transmis un mémorandum au gouverneur de province. Des maisons fissurées, des toits qui s’effondrent : plusieurs familles ont déjà fui, abandonnant tout derrière elles. L’hôpital, structure sanitaire vitale pour la région, risque de se retrouver isolé, voire englouti. Déjà, des malades hésitent à s’y rendre, terrifiés par l’idée que le bâtiment puisse céder sous leurs pieds.
Comment en est-on arrivé là ? Les causes sont multiples et s’accumulent comme les sédiments que l’eau arrache. La déforestation galopante a mis les sols à nu, sans racines pour les retenir. L’absence de caniveaux transforme chaque rue en torrent, chaque pente en cascade boueuse. Les constructions anarchiques, érigées dans des zones à risque, fragilisent encore davantage le terrain. Ce cocktail toxique explique pourquoi, à la moindre averse, les ravins s’élargissent et menacent de tout emporter.
Face à ce désastre, la population de Mikalayi ne reste pas les bras croisés. Dans leur mémorandum, ils exigent une déclaration d’état d’urgence érosion – une mesure exceptionnelle qui permettrait de mobiliser les moyens techniques et financiers nécessaires. Ils réclament l’envoi d’une mission pour évaluer les dégâts et proposer des solutions immédiates : construction de caniveaux, remblayage des ravins, et surtout, plantation de vétiver, cette plante miracle dont les longues racines stabilisent les sols et freinent l’érosion.
Car le temps presse. La saison des pluies approche, et avec elle, la promesse de nouvelles plaies dans le paysage de Mikalayi. Chaque jour d’inaction est une maison de plus condamnée, une famille supplémentaire jetée sur les routes. L’alerte est lancée : le Kasaï Central doit agir avant que les ravins ne transforment cette cité en un gouffre sans retour. L’érosion n’attend pas ; elle creuse, engloutit et n’épargne personne.
Pendant ce temps, la nature continue son œuvre destructrice. Les eaux pluviales, véritables lames d’un crime écologique silencieux, sculptent des canyons urbains, déchirent les terres et emportent les rêves des habitants. Des questions s’imposent avec la force d’un torrent : combien de quartiers devront disparaître avant que les autorités ne réagissent ? Combien de cris d’alarme faudra-t-il pousser pour que des pelleteuses arrivent enfin ? Mikalayi est à la croisée des chemins, entre l’indifférence et la résilience. Chaque citoyen sait que la réponse à cette urgence érosion déterminera le visage de leur avenir.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
