La paix s’est évanouie dans la nuit à Kalenga Manyi. De violents heurts entre creuseurs artisanaux ont secoué ce site aurifère du secteur de Bushimaie, en territoire de Luiza, au Kasaï-Central, au début de la semaine. Le bilan, confirmé vendredi par les autorités locales, est sans équivoque : trois morts, tous originaires du Kasaï-Central, et une dizaine de blessés répartis entre les deux camps.
Les faits se sont déroulés à la faveur de l’obscurité, lorsque deux groupes d’exploitants artisanaux se sont affrontés pour le contrôle de ce filon d’or qui attise les convoitises depuis des mois. Selon des sources concordantes, l’accès au gisement est devenu un point de friction majeur entre les communautés minières du Kasaï-Central et celles venues de la province voisine du Lualaba. La cause immédiate de cette nouvelle flambée de violence ? Un désaccord persistant sur la répartition des zones d’extraction, alors que l’or de la région ne cesse d’alimenter les rêves de prospérité.
« La cause, c’est le gisement d’or. Nos frères se sont accaparé une grande partie des terres. Des bagarres ont éclaté, causant même des pertes en vies humaines », a déclaré Laurent Ntumba, chef du secteur de Bushimaie, joint au lendemain des événements. Sa voix porte l’inquiétude de tout un territoire : depuis près de six mois, la tension couve à Kalenga Manyi, mais c’est en mars dernier que la situation a basculé dans une spirale d’affrontements mineurs Kalenga Manyi réguliers, faits de rixes et de règlements de comptes entre creuseurs. Ces accrochages se sont brutalement aggravés cette semaine, transformant une rivalité économique en tragédie humaine.
Le conflit minier Luiza illustre une fracture bien plus profonde. La ruée vers l’or, stimulée par la présence de gisements à cheval sur les limites provinciales, a favorisé l’arrivée massive d’exploitants venus du Lualaba, une région elle-même rompue à l’extraction aurifère. Pour beaucoup d’habitants du Kasaï-Central, cette intrusion est perçue comme une forme de mainmise sur leurs terres ancestrales. Peut-on encore parler de simple concurrence artisanale quand les armes succèdent aux outils ? La question reste suspendue dans l’air poussiéreux des mines.
Les corps des trois victimes, des creuseurs artisanaux Kasaï-Central, ont été retrouvés sur le site au petit matin. L’information s’est répandue comme une traînée de poudre, alimentant colère et psychose. Une dizaine d’autres blessés, provenant des deux côtés, ont dû être évacués en urgence vers des structures de santé locales, déjà fragiles. Depuis lors, toute activité minière est paralysée autour de Kalenga Manyi. Les puits restent abandonnés, les tamis posés à même le sol ne filtrent plus que le deuil. La peur d’une escalade généralisée hante désormais les villages environnants, où chacun redoute une vengeance qui pourrait embraser la région.
Face à cette situation explosive, l’appel de Laurent Ntumba résonne comme un cri d’alarme : « Nous invitons le gouvernement du Kasaï-Central et celui du Lualaba à s’impliquer pour retrouver cette paix perdue. Nous sommes un seul peuple, et nous sommes des voisins appelés à vivre ensemble dans la paix ». Ces mots rappellent cruellement que derrière chaque gramme d’or Lualaba extrait se cache un risque sécuritaire qui dépasse les simples querelles de voisinage. La récurrence des heurts, alimentée par l’absence de régulation et la précarité des exploitants, transforme peu à peu ces collines en poudrière.
L’exploitation artisanale de l’or, pourtant vitale pour des milliers de familles, devient un facteur de déstabilisation lorsque les intérêts divergent et que la loi s’efface. À Kalenga Manyi, personne ne semble prêt à céder un pouce de ce sol gorgé de promesses. Comment désamorcer une bombe que l’appât du gain a fabriquée ? La réponse ne pourra venir que d’une concertation urgente entre les deux exécutifs provinciaux, assortie de mesures concrètes pour encadrer l’accès aux sites et garantir un partage équitable des ressources. Sans cela, les cimetières risquent de continuer à se remplir, tandis que l’or continuera de briller, indifférent au sang versé.
La région de Luiza, déjà éprouvée par des années de sous-développement, ne peut pas se permettre un nouveau cycle de violences. L’idéal d’une paix mines RDC semble plus que jamais compromis. Chaque aube sans dialogue rapproche un peu plus la province d’un conflit ouvert, aux contours imprévisibles. Les autorités, qu’elles soient de Kananga ou de Kolwezi, ont désormais la lourde responsabilité de traduire les appels à la retenue en actes. Le temps presse : les morts de Kalenga Manyi ne doivent pas devenir le prélude d’une guerre silencieuse pour le métal jaune.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
