Qui l’eût cru ? Dans le chef-lieu du Kasaï-Central, la survie de milliers de ménages dépend désormais de l’énergie discrète mais tenace des femmes commerçantes Kasaï-Central. Alors que la Journée internationale de la famille rappelait récemment le rôle central de la cellule familiale, une réalité crue s’impose à Kananga : ce sont les épouses, les mères et les veuves qui, par leurs activités génératrices de revenus femmes, maintiennent à flot des foyers entiers.
Un constat saisissant au marché Dibamba Bukemayi, dans la commune de Ndesha. Ici, Bernadette Ngalula, veuve depuis sept ans et mère de huit enfants, vend des légumes chaque jour. Sans ce petit commerce, comment nourrir sa progéniture et payer les frais scolaires ? « Je suis seule, mais je ne baisse pas les bras », semble-t-elle dire à travers son étal modeste. À quelques mètres, Julie Mbombo, vendeuse d’aubergines et de tomates, raconte une autre facette de cette survie des ménages Kananga : son mari est sans emploi. C’est donc elle qui, depuis des années, assume l’essentiel des dépenses, y compris la scolarité des enfants.
Ces portraits ne sont pas isolés. Dans la capitale du Kasaï-Central, les petits commerces en RDC se sont mués en véritable filet social informel. Chômage endémique, décès prématurés, revenus masculins insuffisants… la fragilité économique pousse ces femmes à devenir des actrices incontournables de l’économie domestique. Vente de braises, d’huile de palme, de produits maraîchers : l’éventail de leurs activités illustre une inventivité qui supplée aux carences de l’État et aux défaillances du marché formel.
Mais derrière ces réussites individuelles se cache une précarité systémique. Combien de mères monoparentales RDC, comme Bernadette, jonglent sans filet entre étal et éducation ? Combien de femmes mariées, comme Julie, portent seules le fardeau économique ? La réponse se lit dans les ruelles des marchés de Kananga, où le commerce de subsistance est roi. Ce secteur, souvent qualifié d’informel, génère pourtant l’essentiel des liquidités circulant dans les ménages. Une enquête approfondie de terrain le confirme : sans ces femmes, la pauvreté monétaire exploserait.
Sur le plan économique, ces activités génératrices de revenus femmes constituent un amortisseur social puissant. En l’absence de système de protection sociale, chaque échoppe devient une bouée de sauvetage. Mais à quel prix ? Les journées sont longues, les marges infimes, et l’accès au crédit quasi inexistant. Pourtant, ces commerçantes financent l’éducation de demain, une aubaine démographique potentielle pour un pays où plus de 60 % de la population a moins de 20 ans.
La résilience des femmes commerçantes Kasaï-Central interroge sur les politiques publiques. Ne faudrait-il pas structurer ces micro-entreprises informelles en leur offrant un encadrement adapté ? Microcrédits, formations en gestion, allègements fiscaux… Les leviers ne manquent pas pour transformer cette économie de survie en moteur de développement local. Alors que le gouvernement congolais affiche des ambitions de croissance inclusive, le cas de Kananga prouve que les femmes sont déjà le principal pilier de la résilience sociale.
En attendant, chaque matin, Bernadette, Julie et des milliers d’autres se lèvent avec la même détermination. Elles ne cherchent pas la reconnaissance, mais simplement les moyens de garantir un avenir meilleur à leurs enfants. La survie des ménages Kananga s’écrit désormais en lettres de courage, au féminin pluriel.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
