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Ecole nationale de cadastre : le Maniema manque de géomètres, alerte

Ecole nationale de cadastre : le Maniema manque de géomètres, alerte

42 géomètres formés en dix ans, pour une province de plus de 2 millions d’habitants. Ce chiffre interpelle. L’École nationale de cadastre du Maniema, seul établissement public du genre dans la région, fait face à un faible taux d’inscription qui menace la capacité de l’État à sécuriser le foncier. Comment expliquer ce désintérêt pour une filière porteuse d’avenir ? Les réponses du coordonnateur Selemani Moké Jacques, à l’occasion de la Journée nationale des géomètres.

Créée en 2013, l’école a pour mission de former des techniciens en formation cadastre, spécialisés dans la mesure des terres, le bornage et la résolution des litiges. Pourtant, depuis sa première promotion, elle peine à attirer les jeunes. « Nous avons organisé huit promotions, mais nous n’avons produit que 42 géomètres pour toute la province », regrette le coordonnateur. Cette année, ils ne sont que 17 apprenants inscrits, alors que les besoins sur le terrain, eux, explosent.

Le Maniema est en effet miné par des conflits fonciers récurrents. Sans géomètres pour délimiter les parcelles, les litiges entre familles, communautés et investisseurs s’enveniment. « À Lubutu, à Kalima, à Punia, nous ne disposons d’aucun géomètre », souligne Selemani Moké. « Les circonscriptions foncières restent vides, et les populations continuent de vivre dans l’incertitude juridique. »

Alors, pourquoi les parents n’inscrivent-ils pas leurs enfants ? Le coût des études, une méconnaissance des débouchés, l’attrait pour d’autres filières plus médiatisées ? « Beaucoup ignorent simplement que cette formation existe et qu’elle débouche sur un métier sûr », explique le directeur de cabinet du gouverneur, Amisi Mutumoko. Il a ainsi encouragé l’école à intensifier ses actions de sensibilisation, d’autant que la nouvelle option de géométrie assistée par ordinateur (GAO) offre des perspectives modernes et lucratives. « La GAO va nous aider à résoudre rapidement et avec précision de nombreux conflits », promet-il. Une technologie à même de séduire les jeunes férus de numérique, mais qui reste peu connue.

L’École nationale de cadastre du Maniema a donc un double défi : remplir ses bancs et faire reconnaître l’utilité de ses diplômés. Avec seulement 17 étudiants cette année, l’établissement risque de fonctionner en sous-régime, alors que le marché de l’emploi en RDC crie à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur foncier. Chaque année, des terres sont attribuées, des concessions naissent, des infrastructures se construisent – sans le contrôle de professionnels compétents. La conséquence ? Des contentieux à répétition, des chantiers bloqués et une insécurité juridique qui freine l’investissement.

Pour la province, qui ambitionne de développer son agriculture, ses mines et son urbanisme, l’absence de géomètres constitue un frein majeur. « Former des techniciens du cadastre, c’est investir dans la paix sociale et le développement économique », plaide un enseignant de l’école. L’appel lancé par les autorités provinciales résonne donc comme un coup de semonce : sans élèves formés aujourd’hui, le Maniema de demain restera prisonnier de ses conflits fonciers.

La situation appelle une mobilisation générale. L’École nationale de cadastre du Maniema prévoit de multiplier les portes ouvertes, les rencontres avec les associations de parents et les campagnes radio. Mais les mentalités changeront-elles à temps ? Car, comme le rappelle souvent Selemani Moké, « un terrain mal borné, c’est une dispute qui attend son heure ». Une sentence d’autant plus vraie dans une province où la pression démographique et l’appétit des investisseurs rendent chaque mètre carré plus convoité.

Alors, la question demeure : les familles du Maniema répondront-elles à l’appel de l’école ? Faute de quoi, la formation des géomètres restera une filière fantôme, et les conflits fonciers continueront de ravager le quotidien des Congolais. L’urgence est là, les places sont disponibles. Il ne manque que des élèves.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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