Dans un pays où moins de 20 % de la population a accès à l’électricité, comment espérer bâtir une économie numérique florissante ? C’est à ce paradoxe que le groupe Helios Towers RDC et l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) ont tenté d’apporter une réponse concrète, mercredi 13 mai à Kinshasa. Les deux institutions ont signé un protocole d’accord inédit, destiné à injecter une énergie fiable et durable dans les artères des infrastructures passives de télécommunications : pylônes, shelters et autres équipements dorsaux, souvent assoiffés de courant stable.
Ce ARE protocole accord ne relève pas du simple geste symbolique. Il formalise une coopération structurée où Helios Towers RDC devient un « client d’ancrage » – entendez par là un consommateur stratégique – sans pour autant enfiler le costume de producteur ou de distributeur d’électricité. Le régulateur ouvre ainsi un corridor régulé pour connecter la demande d’énergie du groupe aux opérateurs énergétiques agréés, tout en verrouillant la discipline tarifaire et la transparence des prix. Une mécanique de marché encadrée, qui évite l’anarchie énergétique parfois observée en périphérie des grands réseaux.
La cible prioritaire ? Les zones non raccordées au réseau interconnecté, ces « angles morts » où l’énergie est un luxe intermittent. Là-bas, les tours télécoms fonctionnent souvent au diesel, un carburant coûteux et polluant qui grève la rentabilité des opérateurs et alourdit l’empreinte carbone du secteur. L’accord mise sur l’émergence de mini-réseaux autorisés, notamment solaires, pour convertir cette dépendance fossile en écosystème durable. Comme l’a rappelé Soraya Aziz, directrice générale de l’ARE : « Ce protocole d’accord traduit la volonté de l’ARE de rapprocher la régulation de la réalité opérationnelle, en facilitant l’accès à une demande énergétique solvable et conforme, tout en préservant la discipline tarifaire et la protection du service public. »
Cette alliance n’est pas qu’une affaire de pylônes. Elle touche au nerf de la guerre économique : sans énergie télécommunications RDC, point de connectivité pérenne. Maixent Bekangba, directeur général de Helios Towers RDC, l’a martelé : « Sans une énergie fiable et régulée, il ne peut y avoir de connectivité durable dans le pays. Ce partenariat avec l’ARE crée un cadre clair pour sécuriser nos opérations et soutenir des solutions énergétiques pérennes. »
En filigrane, c’est tout l’écosystème numérique qui respire. Les infrastructures passives représentent le squelette sur lequel viennent se greffer les services mobiles. Si celui-ci tremble faute de courant, l’ensemble du corps télécoms vacille. L’initiative pourrait donc réduire les interruptions de service, améliorer la qualité des appels et accélérer l’extension de la couverture rurale. Elle renforce aussi l’attractivité de la RDC aux yeux des investisseurs étrangers, en leur offrant un climat énergétique moins imprévisible.
Le timing ne doit rien au hasard. La RDC cherche à monétiser son potentiel numérique, mais se heurte à un mur infrastructural : comment déployer la 4G si les sites sont privés de courant ? Le protocole apporte un début de réponse, en alignant les intérêts du régulateur électrique et d’un acteur privé des tours. Il illustre une approche de co-développement où les mini-réseaux solaires, bénis par l’ARE, deviennent des ruches énergétiques approvisionnant à la fois les pylônes et, potentiellement, les communautés locales. Une pierre, deux coups.
Pour Helios Towers RDC, l’avantage est limpide : réduire sa facture énergétique, verdir son image et stabiliser ses opérations. Pour l’ARE, c’est un exercice de régulation pragmatique qui transforme un risque en opportunité. En canalisant une demande solvable, l’autorité prouve que l’accès énergie durable peut éclore hors des sentiers battus du réseau national, sans sacrifier la protection des usagers.
Cette signature pourrait ainsi faire tache d’huile. Si le modèle fonctionne, d’autres tour-opérateurs pourraient emboîter le pas, créant un marché secondaire de l’énergie télécoms qui stimulerait les investissements dans les énergies renouvelables. Un cercle vertueux dont la RDC, forte de son potentiel solaire, pourrait être la première bénéficiaire. Reste à savoir si les verrous tarifaires et logistiques ne gripperont pas la mécanique. Mais pour l’heure, ce partenariat jette un pavé dans la mare énergétique congolaise – un pavé qui pourrait bien devenir la clé de voûte d’une connectivité durable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
