Ce vendredi 15 mai, un silence de mort s’abat sur les rives du lac Tanganyika. La suspension de la pêche sur le lac Tanganyika, décrétée pour trois mois, plonge les communautés de pêche dans l’angoisse. Les pirogues resteront à quai, les filets sécheront au soleil, et des milliers de pêcheurs de Kalemie retiendront leur souffle, suspendus à une décision qui touche au cœur de leur survie.
Annoncée lundi par le ministre provincial de l’Agriculture, Pêche et Élevage, cette mesure radicale est pourtant présentée comme une bouffée d’oxygène pour un écosystème à bout de force. La charte régionale des États membres de l’Autorité du lac Tanganyika, que la RDC a ratifiée, impose en effet une pause biologique pour favoriser la reproduction des espèces et garantir une gestion durable des ressources halieutiques. Le lac, ce géant liquide partagé par quatre nations, n’en peut plus : surpêche, techniques destructrices et pression démographique ont transformé ses eaux nourricières en un champ de bataille silencieux. Les captures chutent, les poissons rajeunissent, et les filets ne ramènent plus que des alevins. La nature crie grâce, et la charte tente de répondre.
Mais derrière le jargon technique et les bonnes intentions, une réalité brutale assaille les villages de pêcheurs. « Si l’État ferme le lac, comment allons-nous vivre ? », s’est interrogé l’un d’eux, la voix nouée par l’inquiétude. À Kalemie, la pêche sur le Tanganyika est bien plus qu’un métier : c’est un cordon ombilical qui relie des dizaines de milliers de familles à leur pitance quotidienne. La suspension brutale, sans filet de sécurité, transforme l’espoir écologique en cauchemar social. Les marchés de poissons vont se vider, les prix de la protéine animale grimperont en flèche et, comme l’ont rappelé les pêcheurs de Kalemie, la menace d’une famine rampante et d’une recrudescence du banditisme rode désormais sur la cité lacustre.
La détresse est d’autant plus vive que le gouvernement provincial l’a reconnu : la charte ne prévoit aucune mesure d’accompagnement. Le ministre Raphaël Mpungwe l’a admis sans détour, évoquant un ancien projet de l’Union européenne qui avait jadis financé des actions de résilience, mais qui n’est plus qu’un souvenir. Ainsi, chaque pêcheur est renvoyé à sa solitude, chaque mère de famille à l’angoisse du lendemain. La gestion ressources halieutiques, en apparence technique, devient un exercice de funambulisme où l’on sacrifie le présent sur l’autel d’un avenir hypothétique.
Pourtant, la question brûle les lèvres : comment concilier préservation et justice sociale ? Peut-on exiger d’un peuple qu’il protège une ressource quand son ventre crie famine ? Le lac Tanganyika, poumon aquatique de la région, mérite certes ce repos forcé. Mais l’absence d’alternatives économiques immédiates, l’indifférence affichée des décideurs face aux ventres vides, transforment cette mesure de conservation en une bombe à retardement. Qu’adviendra-t-il si, dans trois mois, les poissons sont toujours rares et les villageois encore plus appauvris ?
Les experts en environnement applaudiront cette suspension pêche lac Tanganyika comme un pas courageux vers la durabilité. Mais la population de Kalemie, elle, compte les jours et les kilos de farine de maïs. La pêche sur le Tanganyika n’est pas un luxe, c’est une raison d’être. Il est urgent que les autorités provinciales et les partenaires techniques imaginent des filets de sécurité – transferts monétaires, distributions alimentaires, appui à la pisciculture – pour que cette pause biologique ne se transforme pas en tragédie humaine. Car un lac en bonne santé, ce sont d’abord des hommes et des femmes qui peuvent vivre dignement sur ses berges.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
