La terre a englouti des vies en un instant. Dans la forêt de Nsunga, près de Mungazi, en territoire de Walikale (Nord-Kivu), un glissement de terre dévastateur a emporté plus de dix personnes dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai. Une fois de plus, une catastrophe naturelle endeuille la République démocratique du Congo, rappelant cruellement la vulnérabilité de ces zones face aux éléments déchaînés.
C’est dans l’obscurité et sous une pluie diluvienne que le drame s’est noué. Les victimes, des cultivateurs qui s’étaient installés au cœur de la forêt pour leurs activités champêtres, dormaient paisiblement quand la colline détrempée a cédé. En quelques secondes, des tonnes de boue et de roches ont tout enseveli, transformant le campement en un piège mortel. Le bilan risque de s’alourdir, car on ignore combien de personnes se trouvaient sur place cette nuit-là.
Les secours, accourus dès l’aube, ont d’abord retrouvé un seul corps inerte. Les fouilles se poursuivent avec des moyens dérisoires pour tenter d’extraire d’autres dépouilles de ce linceul de terre. Un survivant, grièvement blessé, a été transporté d’urgence à l’hôpital général de référence de Kibua, où son état demeure critique. L’inhumation du premier corps a eu lieu le jour même, dans une atmosphère chargée d’émotion et de résignation.
Cette tragédie n’est pas un accident isolé. Les fortes pluies qui s’abattent sur le Nord-Kivu ne sont pas nouvelles, mais leur violence croissante et la multiplication des glissements de terrain interrogent. La déforestation intense dans la région, combinée à des sols fragilisés par des pratiques agricoles non durables, rend les pentes instables. L’eau s’infiltre, la terre se gorge jusqu’à la rupture. Alors, quand les averses s’intensifient, la nature reprend ses droits de manière brutale. Le réchauffement climatique, en amplifiant les phénomènes extrêmes, joue sans doute un rôle dans ces précipitations records.
Il y a à peine trois mois, en février dernier, un autre glissement de terre avait déjà frappé Burutsi, dans le même groupement de Luberike. Plus de trente victimes avaient été dénombrées. Aujourd’hui, les cris d’alarme se répètent. Les habitants de Walikale vivent avec la peur au ventre, sachant que la prochaine tempête pourrait emporter leurs proches, leurs maisons, leurs espoirs. Combien de vies faudra-t-il encore pour que des mesures concrètes soient prises ?
Les autorités et les organisations environnementales doivent agir : reboisement d’urgence, stabilisation des sols, systèmes d’alerte précoce, et surtout, un aménagement du territoire qui tienne compte des risques naturels. Sans cela, ces campements de fortune continueront d’être des tombes potentielles. La RDC, pays aux forêts denses et aux reliefs escarpés, doit apprendre à vivre avec sa géographie, sans la détruire. Car lorsque la forêt est en détresse, ce sont les hommes qui disparaissent.
Alors, à quand une véritable politique de prévention des catastrophes naturelles en RDC ? La nature ne pardonne pas l’imprévoyance.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
